• Avignon : Francis Lalanne défile en tête du cortège contre le "viol" du passe sanitaire

     
    Avignon : Francis Lalanne défile en tête du cortège contre le "viol" du passe sanitaire

    Francis Lalanne a pris place en tête de cortège, tenant avec d’autres une bannière où était inscrit : « Pour nos libertés ».
    © Youness Bousenna

    Avignon : Francis Lalanne défile en tête du cortège contre le "viol" du passe sanitaire

    L'autre festival

    Par Youness Bousenna

    Publié le 25/07/2021 à 14:00

    L’affluence de la manifestation anti-passe sanitaire a plus que doublé en une semaine à Avignon. Le chanteur Francis Lalanne s’est invité à la tête d’un cortège pacifique et festif.

    La mobilisation a explosé, même selon la préfecture. Les autorités avaient dénombré 1 250 personnes dans le cortège du 17 juillet à Avignon. Un samedi plus tard, elle en recensait 3 000. Un chiffre évidemment contesté par les encadrants du rassemblement qui parlaient de 6 000 manifestants. Mais, quel que ce soit le décompte, l’affluence était très importante, a constaté Marianne sur place : la manifestation s’étendait sur plusieurs centaines de mètres. Le défilé dans le centre-ville s’est achevé sur la place du Palais des papes, animé par les traditionnels « liberté, liberté » ainsi que « résistance », et entonnant à l’occasion La Marseillaise.

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    « Liberté », c’est précisément ce qu’a inscrit un homme de 53 ans sur sa pancarte. « Il faut lutter, ce passe viole les valeurs les plus fondamentales de la République », glisse cet employé. Son métier fait partie des professions soumises à l’obligation de vaccination, et donc au risque de licenciement au 15 septembre en cas de non-respect. Pour cet homme, vacciné contre d’autres maladies, « le côté obscur du vaccin anti-Covid ne passe pas ». Il l’assure : « Je continuerai jusqu’au bout. » Quitte à perdre son emploi, comme une infirmière libérale qui, à quelques mètres de là, défile avec une consœur.

     

    Pour elle, l’obligation vaccinale a été vécu comme un poignard dans le dos. Elle l'affirme également : hors de question de céder au chantage, selon elle. « J’exerce depuis trente-trois ans, mais je suis prête à changer de vie », déclare-t-elle. Défilant avec des blouses blanches, un certain nombre de soignants étaient reconnaissables. Comme une employée d’un hôpital à Montfavet, en périphérie d’Avignon, qui refuse l’injection de ce vaccin homologué trop précocement selon elle, et qui affirme qu’« un tiers de [son] unité partage cette opinion ». La soignante se dit scandalisée par cette mesure alors qu’il n’y a pas de choix avec d’autres vaccins, car seuls ceux à ARN seront disponibles d’ici le 15 septembre.

    « Dictature douce »

    « On est en dictature douce », clame un ancien militaire de 41 ans, venu seul à la manifestation. Lui est choqué par les menaces de licenciement pesant sur les réfractaires aux vaccins. Comme tous ici, il n’entend pas reculer. « J’irai jusqu’à la fin », assure cet homme qui a arrêté de voter après le référendum européen de 2005. Il n’est pourtant pas « antivax » et d'ailleurs, parmi les personnes interrogées par Marianne, aucune ne s’est dite hostile par principe aux vaccins. Cet ancien militaire est « vacciné pour tout », sauf contre le Covid-19. Mais certains manifestants étaient, eux, vaccinés contre le coronavirus. Comme un étudiant de 22 ans, qui nous dit défiler contre le « traçage » permanent induit par le passe sanitaire - certaines pancartes comparaient d’ailleurs cet outil au « crédit social » chinois.

    C'était aussi le cas de l’un de ceux assurant le service d’ordre cet après-midi-là. Ce dernier, vacciné mais anti-passe, est un ancien Gilet jaune devenu un habitué des mouvements contestataires du Vaucluse. Comme lui, ils sont une vingtaine à encadrer le défilé, membres de « Convergence citoyenne du sud », un réseau créé par d’anciens du mouvement des Gilets jaunes et qui tente de fédérer les contestations.

    Parmi les cadres, Rolland Gontard, devenu une figure locale de la colère citoyenne – sa page Facebook affiche 15 000 abonnés. « Avec les Gilets jaunes, on a raté le coche » en raison d’erreurs stratégiques, analyse celui qui se définit comme un « communicant » parlant en son nom propre. Avec ses acolytes de Convergence citoyenne du Sud, il souligne être là seulement pour encadrer un mouvement… dont les organisateurs restent mystérieux. Il s’agit d’un « réseau énorme de personnes dans l’ombre », lâche seulement Rolland Gontard, lui-même convoqué à la préfecture quelques jours plus tôt : on l’accusait d’avoir organisé le rassemblement non déclaré du 14 juillet, où s’est exprimée la députée Martine Wonner (ex-LREM), devenue une figure de la sphère covido-sceptique.

    Nostalgie policière de la lacrymo

    La manifestation de samedi n’était pas plus déclarée que les précédentes. Alors que le cortège sillonne les rues étroites d'Avignon intra-muros, où il recueille plus de soutien que d’hostilité parmi les passants, un policier papote avec l’employée d’un restaurant : « Avant, les manif’ non déclarées, c’était à coup de lacrymo. Maintenant on peut plus », lâche-t-il d’un air de regret, en renfourchant sa moto. Le dispositif policier s’est donc tenu à distance. Et aux figures locales qui tentent de fédérer une résistance citoyenne, une autre personnalité s’est jointe à mi-parcours : Francis Lalanne. Le chanteur et activiste passe le mois à Avignon, au festival Off, où il déclame des fables dans un théâtre qui a récemment organisé une projection publique du documentaire conspirationniste Hold-up.

    Francis Lalanne, dont le look de résistant quotidiennement adopté depuis le début du festival évoque vaguement Che Guevara, a pris place en tête de cortège, tenant avec d’autres une bannière où était inscrit : « Pour nos libertés ». Le regard droit devant, l’air pénétré, prenant soin de ne rien scander pour réserver sa parole, c’est sur la place du Palais des papes – monument que le préfet a fait fermer pour l’occasion – qu’il fera son adresse aux manifestants. Sur le parvis du Palais lui offrant un balcon, il a dû attendre pour prendre la parole : la foule a longtemps préféré danser au son des tam-tam sur la place.

    Dans cette ambiance festive, il ne dira que quelques mots au « peuple d’Avignon », lancés d'une même voix chevrotante. « Nous allons sonner la marche en avant », lâche-t-il dans une prise de parole assez vague. Mais que Rolland Gontard, juste après, s’efforcera de préciser. « Quand on veut vous forcer à mettre quelque chose dans votre corps, ça s’appelle un viol », dit-il sous les hourras de la place, avant d’appeler à poursuivre le mouvement à Paris. Car il se murmure qu’un ralliement pourrait y être prochainement organisé. « Si on va à Paris, je ne vous cache pas que c’est pour le sortir », nous glissera l’un des encadrants. Sans avoir besoin de préciser le nom du concerné.

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