• « Chaque homme est une guerre civile »

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    Lorsque tout état de fait ou action souhaitée se révèle inefficace contre un État légitime, légal, ne correspondant pas aux desiderata d'une partie de la population, celle-ci peut engager un mouvement qui devient un prolongement politique de la lutte. Si le gouvernement confond la politique des moyens avec celle des résultats, la contamination risque de s'étendre. Une situation économique déplorable et son corollaire, la pauvreté, l'oppression réelle ou ressentie comme telle, et le mal être ne sont pas sans nourrir quelques pensées de révolte chez certains, ou insuffler cet état d'esprit chez d'autres. Ne nous étonnons donc pas de voir différentes affinités : ultra-droite, ultra-gauche, casseurs, anars, etc., participer à une même lutte. Pour qu'une grande partie de la population y adhère, il faut qu'elle pense qu'aucune autre issue n'est possible, et qu'elle soit assurée d'obtenir ce pourquoi elle lutte. Le but peut être limité aux revendications ou étendu jusqu'au renversement du gouvernement ou à sa démission.

    Tocqueville, dans son discours du 29 mai 1848, s'adressait aux députés en ces termes : " On dit qu'il n'y a point de péril parce qu'il n'y a pas d'émeutes ; on dit que, comme il n'y a pas de désordre matériel à la surface de la société, les révolutions sont loin de nous. Permettez moi de vous dire que je crois que vous vous trompez. sans doute, le désordre n'est pas dans les faits, mais il est entré bien profondément dans les esprits. Regardez ce qui se passe au sein des classes ouvrières, qui, aujourd'hui, je le reconnais, sont tranquilles... Mais ne voyez-vous pas que leurs passions, de politiques sont devenues sociales ? Ne voyez-vous pas qu'il se répand peu à peu dans leur sein des opinions, des idées qui ne tendent point seulement à renverser telles lois, tel ministère, tel gouvernement même, mais la société, à l'ébranler sur les bases sur lesquelles elle repose aujourd'hui ? "

    A force de répéter à un homme instruit qu'il est intelligent, il finit par le croire (principe de la méthode Coué). Le principe de Peter nous apprend : " un homme finit par s'élever jusqu'à atteindre son niveau d'incompétence ". Certains l'auraient-ils atteint plus rapidement que d'autres ? Tous les gouvernements doivent faire des concessions aux idéaux de justice, sociaux et de liberté s'ils veulent maintenir leur population dans un quotidien banal, mais qui génère suffisamment de profits pour leur permettre de se maintenir à la tête de l'État. Un auteur américain comparait l'État à un bandit de grand chemin qui prélève son butin, laissant la population se " remplumer " avant de repasser à l'action. On ne tue pas l'âne qui tire la carriole.

    L'observateur remarquera que la lutte initiée n'a rien à voir avec une guérilla urbaine, sauf à méconnaitre cette discipline enseignée dans toutes les armées du monde. Les journalistes, grands " déverseurs " d'huile bouillante, confondent barricades et obstacles, et ignorent tout du combat urbain. Blanqui expliquait : " La barricade a pour objet d'arrêter les troupes - de les contraindre à un siège - de résister assez longtemps au canon. La barricade doit être construite à partir des pavés de la voie publique et comprendre au moins trois parties. Un rempart de 3 mètres de hauteur par 2 d'épaisseur. A 6 mètres de distance, un mur identique forme la contre-garde sur laquelle la partie extérieure est complétée par un glacis de pavés amoncelés sur une largeur au sol de 4 m, jusqu'à l'entrée de la rue. Chaque extrémité du rempart et de la contre-garde doit être encastrée dans le mur porteur de la façade des maisons. (...)

    Le chef fait procéder à la construction de la barricade à environ 15 mètres en retrait du débouché de la rue. Le rempart est d'abord élevé jusqu'à une hauteur der 1.5 m afin de permettre un tir de riposte par tireur debout. Ensuite, on achève le rempart en laissant par endroits des trous destinés à recevoir les solives qui supporteront les planches formant la banquette de tir. Les façades libres du rempart et de la contre-garde seront lissées afin de ne pas favoriser leur escalade. Au besoin, le rempart peut être surélevé avec des sacs de terre.

    La barricade est un obstacle et non un véritable emplacement de combat. (...) En cas d'attaque avant l'achèvement du rempart à mi-hauteur, tout le monde se retire dans les maisons après avoir mis en sûreté, dans une cour intérieure (...) le matériel, et se défend par les feux et les jets de pavés des étages supérieurs. L'attaquant repoussé, les hommes se remettent à la tâche. La barricade terminée, on se met en communication avec les barricades voisines, en perçant les murs mitoyens des maisons. Tout îlot appartenant aux rues barricadées doit pouvoir recevoir du renfort ou être abandonné par la rue de derrière, hors de vue de l'ennemi ".

    Tout le contraire d'une guérilla urbaine moderne dans laquelle on ne conserve pas de terrain, se contentant de harceler l'adversaire afin de l'épuiser et de diluer ses forces par le déplacement. Cette tactique du réduit urbain n'est plus d'actualité. Un îlot peut être coupé de toute communication, blocage des voies d'accès terrestres et souterraines (égouts), coupure des sources d'énergie (gaz, eau, électricité), téléphone, renforcement de la surveillance (drone), largage de grenades et dépose d'hommes par hélicoptère, etc. Les émeutiers de mai 68 n'avaient pas choisi le quartier latin par hasard, les rues étroites et sinueuses facilitaient les barrages faits de bric et de broc, de quelques véhicules aspergés de liquide inflammable placés en travers de la chaussée, et l'abattage d'arbres pour s'opposer à l'avancée des véhicules suffisaient.

    Autre temps, autres mœurs. Les gilets jaunes semblent privilégier la paralysie de l'économie qui s'apparente au corps humain. Si on interrompt la circulation sanguine ou la respiration, les organes ne sont plus irrigués ou alimentés en oxygène, c'est l'autolyse ou l'asphyxie. Mais à la différence d'un malade, il faut qu'une large partie de la population accepte le garrot ou le bâillon. Connaissez-vous le principe du canard ? Un canard qui aurait la capacité d'analyser le comportement du fermier, en déduirait que ce dernier est sur terre pour le gaver, jusqu’à ce que vienne Noël et la période du foie gras.

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    « appel à la non violence"C'est nous les patrons" : derrière les "gilets jaunes", une demande pressante de souveraineté du peuple »
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