• Cinq raisons d’aller à Bordeaux Rock

     

     

    Fixmer / McCarthy

    DANIELA VORNDRAN

     

    1. Pour Peter Hook et Thurston Moore
    Ce sont les deux noms qui claquent le plus sur l’affiche de Bordeaux Rock 2019 : Peter Hook, ex-bassiste de Joy Division et New Order, et Thurston Moore, ex-guitariste de Sonic Youth. Les noms claquent tellement qu’on a déjà dépassé les 900 réservations à la salle des fêtes du Grand Parc – jauge : 1100 entrées – pour le concert de Peter Hook le mercredi 23. Il vaut mieux se dépêcher si on veut avoir une place.
    Peter Hook est, il est vrai, ce qu’on appelle un artiste charnière : Avec Joy Division il a fait partie de ces Anglais qui ont négocié la sortie du punk et l’arrivée de la new wave. Et avec New Order il a fait évoluer cette new wave vers ce qui allait donner l’electro. Au même titre que les Buzzcocks, il est aussi l’un des pionniers de la scène de Manchester. Il a d’ailleurs produit une partie des albums publiés par le mythique label Factory records. Des Stone Roses ou des Happy Mondays notamment. N’en jetez plus !


    Âgé aujourd’hui de 62 ans, Peter Hook tourne avec le répertoire de ses deux principaux groupes (il a joué dans d’autres formations qui sont restées beaucoup plus confidentielles) : Une heure et quart de New Order puis une heure et quart de Joy Division servies par son groupe actuel, The Light, qui présente la particularité de compter deux basses, tant celle de Peter Hook sonne plus comme un instrument soliste que rythmique. Et toujours des hymnes : « Love will tear us apart » ou « Blue Monday », plus grosse vente de tous les temps pour un maxi single à ce jour.
    Thurston Moore, lui, clôturera le festival dimanche 27, toujours au Grand Parc, avec son nouveau projet « New noise guitar explorations ». Bordeaux en aura – taratataaaa ! – la primeur en France. Et il vaut mieux ne pas se méprendre : L’ex-Sonic Youth ne viendra pas rejouer les albums « Goo » ou « Dirty ». Le line-up séduisant qui s’annonce (Debbie Googe, de My bloody Valentine, à la basse ; Steve Shelley, de Sonic Youth, à la batterie) ne sera pas au service d’un répertoire noisy pop mais d’une musique d’expérimentations à base de guitares : trois sur scènes, 12 cordes chacune.

     


    Avec ce dispositif Thurston Moore travaille sur des notions de résonnances, de superpositions de couches sonores, d’harmonies inattendues, sur des boucles rythmiques hypnotiques, mais toujours avec le son sale et dissonant qu’on a connu chez Sonic Youth. Cette musique s’annonce contemplative sans être cucul. Elle rappelle des compositeurs contemporains comme Terry Riley ou Steve Reich sans faire dans la redite. Elle témoigne du parcours de Thurston Moore dans la no wave ou auprès de gens comme William S. Burroughs. Tant pis pour les nostalgiques, tant mieux pour ceux qui ont envie de sonorités neuves.
    2. Pour la soirée EBM à l’I.Boat
    Bordeaux Rock aime aussi les musiques électroniques, et compte plusieurs grands noms du genre à son tableau de chasse : A guy called Gerald, Paul Johnson, Francesco Tristano… Ce sera encore le cas vendredi 25 à l’I.Boat avec Patrick Codenys et le duo Fixmer/MCCarthy, trois noms majeurs de la scène EBM.
    EBM pour « electro body music ». Le terme est apparu dans les années 80 pour désigner ce mouvement qui fusionnait provocations punk, expérimentations indus et sonorités synthétiques héritées de Kraftwerk. La première vague a été incarnée par Front 242, D.A.F. ou Nitzer Ebb. Une deuxième a vu le jour dans les années 2000 avec The Hacker, DJ Hell ou Terence Fixmer. Aujourd’hui les héritiers les plus connus doivent être Gesaffelstein et Helena Hauff.


    Ce sont toutes ces influences que Patrick Codenys devrait intégrer dans son DJ set. Ce Belge a beau avoir co-écrit quelques grands titres de Front 242 dans les années 80, il est toujours à l’écoute de ce qui se passe aujourd’hui. Quant au live de Terence Fixmer et Douglas McCarthy (le chanteur de Nizer Ebb), il tourne depuis 2004, porté par un vocaliste imprécateur et des sonorités métalliques. Dans la cale de l’I.Boat, ce sera parfait.
    3. Pour le backing band bordelais de King Khan
    King Khan, ce n’est pas vraiment une nouveauté pour le public bordelais. Depuis une vingtaine d’années, celui-ci a régulièrement eu droit à ce garage rock mâtiné de rhythm’n blues et de rock’n roll sale. Que ce soit à la Rock school Barbey, à L’Heretic ou lors du festival Relâche ce showman canadien d’origine indienne a largement eu l’occasion de faire transpirer les foules.

    La nouveauté, c’est le groupe qui l’accompagne : Fredovitch (Shrines, Belly Button…) à la basse et les deux Magnetix à la guitare et à la batterie, soit ce que le rock bordelais a de plus authentique. Eternelle découverte samedi 26 à la salle du Grand Parc.
    4. Pour les artistes locaux à découvrir
    Ca aussi, c’est une constante de Bordeaux Rock : l’occasion de découvrir des groupes d’ici auxquels on n’aurait peut-être pas prêté attention autrement. Entre la soirée Rock en ville du jeudi 24, dans huit bars bordelais, et les diverses premières parties de grands noms on relève ainsi une trentaine de chanteurs, groupes ou collectifs girondins sur l’affiche 2019.


    Nos recommandations : l’electro-pop sulfureuse de Daisy Mortem ou PointPointVirgulePointVirguleCrochetParenthèse, le folk de Queen of the Meadow, le garage-punk des Wylde Tryfles ou le death metal d’Ad Patres, le tout pendant Rock en ville ; les expérimentations electro-acoustiques de Julia Hanadi Al Abed et de Cristof Salzac le samedi 26 à la bibliothèque Meriadeck ; le grunge psyché de Th da freak dimanche 27, en ouverture de Thurston Moore. Ou la pop acoustique de Tender Forever vendredi 25 en début de soirée à l’I.Boat : Ce n’est plus vraiment une découverte mais c’est à nouveau une Bordelaise.
    5. Et pour les tarifs, accessibles au plus grand nombre
    On ne se ruine pas pendant Bordeaux Rock. Le concert le plus cher – celui de Peter Hook – culmine à 28€. Celui de Thurston Moore est à 18 et 20€. Pour le reste, la fourchette va de 5€ (le pass de la soirée Rock en ville pour 16 groupes) à 15€. La soirée du samedi 26 à la salle du Grand Parc est à prix libre. Et les autres concerts sont gratuits.

    Programmation détaillée ici

     

     

    Publié le 10/01/2019 à 20h14 par Christophe Loubes.
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