Que vient faire le street-art dans un bourg gascon de 4 000 habitants ? Où se situe le rendez-vous que se sont fixé le vénérable crooner Hervé Villard et le rappeur sétois Demi Portion ? Quelle est la somme que doit débourser un demandeur d’emploi pour écouter Anton Bruckner ou Francis Poulenc à Deauville ? Quels sont les pouvoirs de la fiction ? Eléments de réponses ci-dessous, dans notre sélection païenne de festivals pascaux…

Dans quel état Gers (part. 1)

Pour ceux qui ne se souviendraient du Gers qu’à l’époque jazzy incontournable de Marciac, un festival érige cette semaine l’endroit en place forte saisonnière : «Street-Art Magnac». Avec un argument massue : «Parce que le street-art n’est pas qu’en milieu urbain. Il existe aussi à la campagne !» Ainsi, la bien nommée bourgade d’Eauze devient-elle, comme par magie, «le seul festival d’une semaine en France de street-art en milieu rural». «Aboutissement d’un travail porté par une équipe de bénévoles au sein de l’association Ecla», l’événement qui, à l’heure de son cinquième volet, a trouvé un vrai point d’ancrage régional, reçoit une vingtaine d’artistes (Alber, Kput, JEF, Mister X, Ruce, Sotiz…) qui ont fait leur choix parmi les murs qui leur étaient proposés, «avec l’approbation des services compétents». Ateliers d’écriture rap et slam, stage de breakdance, initiation au graffiti et concert de clôture gratuit complètent le menu.

Nouveauté 2019 : une carte géographique virtuelle regroupant les œuvres des éditions précédentes et permettant ainsi «de rendre visibles les fresques sur une plus longue période».

Street-Art Magnac Festival, Eauze (32), www.streetartmagnacfestival.com, du 22 au 27 avril.

Dans quel état Gers (part. 2)

On l’ignore sans doute, mais la capitale des gitans se situe dans le sud-est de la France. Du moins est-ce le cas le temps de Welcome in Tziganie, douzième édition du nom, qui promeut les musiques tziganes et balkaniques avec, cette année, Emir Kusturica, Titi Robin, La Caravane passe, Viorica & Tafarul de la Clejani, Dzambo Agusevi Orchestra, Divanhana… Soit un panel d’artistes en provenance de Serbie, de Bosnie, de Roumanie, des Pays-Bas, de France, etc. Des fanfares aux groupes tournés vers les musiques actuelles, l’ensemble permettra un survol complet du secteur en territoire gascon.

Welcome in Tziganie, Théâtre de Verdure-de-Seissan (32), du 26 au 28 avril.

Un Hérault à la pointe

Autre témoignage fringant de la ruralité, le Printival Boby Lapointe célèbre ses vingt ans. Entreprise familiale, le rendez-vous a été créé par Jacky, le fils du défunt artificier et, depuis dix ans, c’est Dany, sa petite-fille, qui a pris la relève. Proche de Georges Brassens, Pierre Etaix et Pierre Perret, Boby Lapointe est mort à 50 ans, d’un cancer du pancréas, en 1972, laissant derrière lui une cinquantaine de chansons et le souvenir d’un artiste hors norme dont la mémoire se doit d’être entretenue, sur ses terres et ailleurs. Par le passé, c’est ce que sont déjà venus faire Jacques Higelin, Dick Annegarn ou GiedRé.

Signe particulier de l’édition 2019, celle-ci sera marquée par une soirée spéciale où seront repris, outre Lapointe, deux autres illustres défunts de la région, Charles Trenet et Georges Brassens. Une kyrielle d’invités, tels que Anne Sylvestre, Loïc Lantoine, Mouss et Hakim, Imbert Imbert et Barbara Hammadi participeront à l’éloge animé par Sam Burguière des Ogres de Barback.

Dans le reste du programme, il faudra surveiller une coaffiche entre Hervé Vilard et le rappeur régional Demi Portion, ainsi que les venues de Mélissa Laveaux, Bazbaz et Ignatus. Rendez-vous plus international qu’il n’y paraît, le Printival recevra également Musicaction, une fondation de Montréal défendant la chanson francophone, qui viendra faire l’apologie des musiques acadiennes.

Printival Boby Lapointe, Pézenas (34), www.printivalbobylapointe.com, du 23 au 27 avril.

La vie entre prises (de vue)

La thématique est claire : Usimages se prétend «première manifestation en France traitant de photographie industrielle», les organisateurs s’empressant d’ajouter que l’angle n’a strictement rien de rébarbatif. Petite sœur de l’Italienne «Foto/industria», créée à Bologne en 2013, la biennale francilienne, troisième du nom, occupe le territoire de la communauté de l’agglomération Creil Sud Oise. La spécificité 2019 vise à «explorer les relations qu’entretient la photographie à la commande d’entreprise», en interrogeant «le rapport de la commande à la création». Autre trait dominant : la voiture, sera également à l’honneur.

A la fois contemporaine et historique, la liste des expositions inclura un projet d’Edgar Martins pour BMW, ou les images de Matjaz Krivic sur la route du lithium, combustible pour les batteries des véhicules électriques. La collection des couvertures de la revue la Vie ouvrière de la CGT, ainsi que, entre autres, les travaux de Daniel Challe, Christiane Eisler, Silke Geyser, André Kertész et Jean-Pierre Sudre complètent l’offre, découpée, pour qui le souhaitera, en quatre parcours.

Usimages, Creil Sud Oise (60), du 27 avril au 15 juin.

Pâques au violon – au basson, aux percussions…

Créé en 1997, le Festival de Pâques est une petite institution à Deauville, au même titre que le festival du cinéma américain, ou Planches Contact, dédié à la photo. Son objectif : «Tenter des programmes rares et ambitieux», autour d’une pépinière de très jeunes musiciens. «Du rare programme vocal - romantique et français - du quatuor l’Archipel à l’immense Passion selon Saint-Jean de Bach en passant par les chefs-d’œuvre concertant de Poulenc et de Hindemith, toutes les formations instrumentales seront à l’œuvre pour explorer les plus belles pages des périodes baroques, classique, romantique et moderne», promet Yves Petit de Voize, directeur artistique de l’événement. Des neuf concerts de la 23e édition, débutée le 20 avril, sept sont encore d’actualité dans la salle Elie-de-Brignac.

A noter l’effort du festival, qui propose des places à 10 euros (au lieu de 30) pour les moins de 18 ans, les étudiants et les demandeurs d’emploi, et même gratuites, une heure avant le spectacle, si tous les sièges ne sont pas occupés.

Festival de Pâques, Deauville (14), www.badgecid.com, jusqu’au 4 mai.

De piste en piste

Rendez-vous régional apprécié durant la période estivale, Musilac se dédouble - comme de nombreuses manifestations l’ont déjà fait auparavant. Par la même occasion, il prend de l’altitude avec, pour la deuxième année consécutive, le vœu benoit de «cloturer la saison de ski en beauté». Ainsi, Musilac-Mont Blanc annonce-t-il au pied des pistes les venues de Two Door Cinema Club, Eddy De Pretto, The Blaze, Roméo Elvis ou Aya Nakamura, parmi les noms – très grand public – dans l’air du temps où il sera à l’évidence plus question de sautiller que de cogiter.

Musilac-Mont Blanc, Chamonix (74), www.musilacmontblanc.com, du 26 au 28 avril.

La Villette fait des histoires

«Il est grand temps de passer d’une société orientée vers les choses à une société orientée vers les êtres.» L’exergue est signée Martin Luther King et, bien qu’elle ne se réfère pas ici à un festival stricto sensu, on s’en voudrait de ne pas mentionner Changer d’histoires pour changer l’Histoire. A savoir une conférence mêlant débat, lectures et chansons, organisée à la Villette, autour d’une réflexion collective ainsi argumentée : «Face à l’effondrement écologique voire démocratique qui nous menace mais que nos cerveaux veulent ignorer, ne pourrions-nous pas inventer de nouveaux récits qui nous donnent l’impulsion, l’inspiration pour reprendre la main sur l’évolution de nos sociétés ? Et les rendre plus créatrices et vivantes – plus humaines.»

«Quels sont les pouvoirs de la fiction ? Comment agissent-ils sur l’Histoire ? Sur la nôtre ? Comment peuvent-ils métamorphoser notre intériorité ? Conférer de nouveaux sens à nos existences ? Et nous donner l’envie d’agir ?» seront quelques-unes des questions sur lesquelles plancheront quatre invités haut de gamme : la chanteuse Jeanne Cherhal, le militant écolo et écrivain Cyril Dion (naguère césar du meilleur documentaire avec Mélanie Laurent pour Demain), le dernier prix Goncourt en date (Leurs enfants après eux) Nicolas Mathieu, et l’écrivain contestataire égyptien Alaa al-Aswany. Une bonne nouvelle pouvant en cacher une autre, l’entrée est gratuite.

Changer d’histoires pour changer l’Histoire, Grande Halle de la Villette, 75019, www.lavillette.com, 01 40 03 75 75, entrée libre, 19 heures, le 27 avril.

Gilles Renault