• Le 11 décembre, Fabrice Epelboin, enseignant à Sciences Po Paris et spécialiste des réseaux sociaux, était l'invité de "La Grande Table" sur France Culture. Thème de l'émission : Le mouvement des Gilets jaunes est-il une ubérisation de la contestation ?

    Extrait :

    L'émission dans son intégralité :

    "Dans l'expression des revendications des Gilets jaunes, les réseaux sociaux, et notamment Facebook, jouent le rôle de plateforme d’échange et de lieu de diffusion de la contestation, où la colère devient virale. (...) Nous parlons politique et numérique, mobilisation sur Facebook et influence des réseaux sociaux sur le débat public et la démocratie."

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    Le silence ahurissant des acteurs du milieu culturel, je veux parler des artistes, musiciens, réalisateurs et autres comédiens, est proprement ahurissant. Si prompts d’habitude à s’enflammer pour défendre les sans-papiers ou la liberté d’expression, les voilà subitement muets, inexistants, voire, si ça se trouve, terrifiés.

    Alors, M. Dany Boon, vous qui vous clamez proche du peuple, puisque vous en venez, que pensez-vous du mouvement des Gilets Jaunes et de leurs revendications ? Certainement pas grand-chose. Le rétablissement de l’ISF, ça ne vous arrangerait pas.

    C’est que ces gens-là sont de l’autre côté de la barrière, avec leurs salaires mirobolants. Mais comme ils ont besoin du peuple pour acheter le ticket de cinéma ou venir au spectacle, il faut bien le caresser dans le sens du poil de temps à autre, s’adresser à lui, parler de lui, des gens ordinaires, quoi. De la matière à fiction. Mais au fond il ne s’agit que d’une histoire de sou. De nombre d'entrées. D'audimat.

    Il est intéressant de relever le mot qui vient le plus souvent à la bouche de ces gens-là lors de la promotion de leurs œuvres : « populaire ». Oh oui, ils font des œuvres populaires. Et eux-même le sont, populaires. Ils sont restés simples et cela se sent. De fait les Dany Boon, Elie Seimoun, Jean-Paul Rouve et autres sont appréciés des gens. Mais ce sentiment d’affection est-il réciproque ? S’il l’était vraiment, ne se traduirait-il pas par un soutien affirmé ? Et ce soutien n’aurait-il pas un certain poids, les comédiens étant les invités de prédilection des plateaux de télévision ? Alors où sont-ils tous ?

    Où sont-ils, les frères Dardenne, si engagés socialement à travers leurs films régulièrement primés à Cannes et financés en grande partie avec des fonds publics, donc de l’argent pris dans la poche des citoyens ? Pourquoi n’ont-ils pas fait partie des Bruxellois furieux descendus dans la rue ? Et le Français Stéphane Brizé si engagé à gauche ? Était-il dans la rue, arborant un gilet jaune ? Ou suivait-il tout cela devant BFM TV ? Notait-il quelques idées pour un prochain scénario ?

    Certes il y a eu Dieudonné. Mais pour un Dieudonné, combien de Frank Dubosc ? Dubosc a beau clamer sa sympathie, et de dire, lorsqu'il est interrogé sur le plateau de l’émission la plus détestable du moment, qu'il comprend la souffrance des gens, il ajoute aussitôt ne pas avoir d'avis. Il préfère laisser les hommes politiques réfléchir et avancer des solutions. Lui, tel probablement Patrick Chirac, s'en sent incapable. Autrement dit : il démissionne de sa citoyenneté, ou plutôt il la délègue. "Tout ceci me dépasse, décidez pour moi ". C'est merveilleux, ça ! Avec des citoyens de cette trempe, le système a encore de beaux jours devant lui ! Quand on l'écoute, on atteint véritablement le degré zéro de la politique – et de l’intelligence, désolé de le dire. M. Dubosc considère que la vie de la Cité est une affaire de professionnels. Or c'est là tout le problème : si la France est dans un tel état, si le chaos n’est pas loin, c'est bien parce que les Français ont confié la politique aux politiciens. Qui eux-même s'en sont servie pour satisfaire leurs pulsions et aider leurs copains en volant dans la caisse. Caisse qui sert au passage à financer également les films de M. Dubosc et les émissions où il va débiter ses inepties. En aucun cas les hommes politiques ne servent le Bien Commun ; ils ne savent même pas ce que c'est, ou bien ils s'en foutent puisqu'après avoir démantelé nos industries ils sont en train de brader nos services publics - la poste, les aéroports, les hôpitaux, les universités, les autoroutes, etc.

    Donc M. Dubosc qui n'a ni idée ni avis, et écrit des scénarios de comédie que l’on qualifie de populaire, ignore tout du pays dans lequel il vit. CQFD.

    Et je ne parle pas des sportifs de haut niveau, de ces footballeurs surpayés qui savent d’où ils viennent et qui l’ont partiellement oublié dans leur cheminement vers la gloire. Le dogme individualiste et matérialiste a eu raison de leur empathie, voire de leur humanité. Leur empathie et leur humanité ne servent plus qu’à vendre des rasoirs jetables.

     

    Voyez l’incompréhension sur le visage des intervenants à la télévision, tous ces journalistes, animateurs et autres experts, qui ne savent quoi penser de cette révolte spontanée, de cette insurrection – qui au passage est un droit et un devoir. Partagés entre peur et consternation. Ou adoptant une morgue écoeurante face à ces gueux vindicatifs tel l'ineffable Patrick Cohen persuadé que Macron a été démocratiquement élu alors qu'il ne l'a été qu'avec 20% des inscrits. En ces jours de cendre, d’hôtels particuliers incendiés et de retraités molestés, tous sont soumis, de façon plus ou moins complice, à l’obligation de tenir un discours qui convienne à leurs patrons – État ou groupe privé -, c’est-à-dire à ne parler que des casseurs. Seulement des casseurs. Ne nous y trompons pas : comme les artistes, les journalistes dans leur ensemble font partie de la caste à dégager. Et quand il s'agit de violence, lequel d'entre eux dénoncera l'extrême violence du pouvoir politique qui accable sans répit et de manière systématique le peuple français par des lois et des taxes dictées par une idéologie néo-libérale abjecte imposée par la Commission Européenne de Bruxelles depuis maintenant trois décennies ?

    Il y a plusieurs strates dans l’échelle de la domination qu’il faudra briser une à une. Et cela ne se fera pas sans casse. La bonne nouvelle, c’est qu’un État habitué à la routine, des représentants politiques installés dans leur confort et un Président trop aveuglé par sa propre image ne constituent pas de solides défenses. Le système peut très bien s’écrouler comme un château de cartes, pour peu que le mouvement perdure suffisamment. Ce qu’il manque aujourd’hui, c’est le début affirmé d’un soutien des forces de l’ordre. Dès lors – et ça ne saurait tarder – que policiers et gendarmes rejoindront le mouvement, le pouvoir capitulera. En principe, il s’agira alors de former un gouvernement de transition qui procédera aux mesures d’urgence. Cette hypothèse devrait être actuellement discutée.

    Et sinon, qu’en est-il des intellectuels ? A part Lordon, je n’en ai pas entendu beaucoup. Il faut dire qu’ils font globalement partie de la bourgeoisie. Que dit Michéa ? Pourquoi n’est-il pas en tête du cortège ? Todd a parlé, comme d'habitude, et ce fût pratiquement le seul à ma connaissance.

     

    En tout cas, tout le monde a pris la mesure aujourd’hui du fossé qui existe entre les dirigeants et le peuple, dirigeants soutenus depuis des décennies (voire plus, si l’on remonte à la chute de Robespierre) par une classe bourgeoise qui ne voit pas plus loin que le bout de son compte d’épargne, mesquinement arc-boutée sur ses privilèges, convaincue du bien-fondé du système et de leur inébranlable utilité sociale, alors qu’ils ne sont au fond que des parasites. Une clique mafieuse, arrogante et méprisante, qui pratique la Terreur sociale, et qui aujourd’hui n’est pas loin de se trouver en voie de liquéfaction - comme en témoigne l’attitude des journalistes, représentants politiques et autres experts, ravalant leur bile sur les plateaux télé, à l’instar de l’impayable Jean-Michel Aphatie qui semblait dire, livide : « Mais on leur a déjà donné la démocratie ! Que veulent-ils de plus ? »

    Ce que veulent les gens, M. Aphatie - qui, je le rappelle, officiant sur le service public, est payé avec nos impôts -, c’est qu’on arrête de les traiter comme des esclaves. L’État est l’émanation du Peuple, par conséquent l’État doit servir le Peuple, et pas le contraire. Or depuis longtemps l’État est au service d’une caste dominante, constituée d’hommes politiques, de haut-fonctionnaires, de banquiers et de grands patrons, qui fonctionne en vase-clos, organise elle-même sa propre reproduction sociale, renouvelant ses élites, votant ses lois, instaurant ses codes, gérant sa propre promotion et celle du système néo-libéral qu’elle a imposé et soutient, avec l’appui de l’ensemble des médias dont, au passage, ils ont pris le contrôle, et d’une frange de la population, la classe dite bourgeoise, acquise à sa cause, pour son seul profit, au détriment du Peuple, exploité, méprisé - classe bourgeoise dont font partie évidemment les élites culturelles et sportives sus-citées.

    Ce que les gens veulent c’est la Justice et l’Egalité. Un avenir pour leurs enfants. Et que l’on arrête de les abrutir, de les mépriser et de les spolier de leurs droits.

    Que l’on remette en état les services publics. Que l’on engage des profs et des infirmiers. Que l’on rétablisse l’ISF. Que l’on augmente les salaires et les retraites. Le SIC à 2000 euros. Plafonner à 15.000 les plus hauts salaires. Que l’on cesse de subventionner la presse. Que l’on interdise les lobbies. Que l’on reconvertisse l’ensemble du secteur agricole vers une agriculture durable et exempte d’intrants chimiques. Que l’on cesse de rémunérer les députés. Que l’on tire au sort nos représentants. Que l’on nationalise banques et grandes entreprises y compris les autoroutes que nous avons payées avec nos impôts. Mettre fin à l’évasion fiscale. Plus généralement couper tous les liens entre l’Etat et toute forme d’intérêt privé – et ça, c’est pas gagné. Bref, rompre avec le dogme néo-libéral. Et rendre justice, c'est à dire conduire devant des tribunaux populaires tous les responsables - la liste est longue. Confisquer leurs biens. Les jeter en prison.

    ET sortir de l’Euro.

    Sortir de l’Union Européenne.

    Sortir de l’OTAN.

    Ce serait un bon début.

     

    Quant aux gens de la culture, qu’on les mette au SMIC.

     

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  • L’histoire est un gruyère contrefait. Elle consiste, à partir de certains faits, et dans un périmètre autorisé, à écrire une histoire vraisemblable, destinée à éduquer les foules, pour préparer l’avenir. Certains faits ne sont pas et ne seront jamais accessibles aux historiens, ne serait-ce que parce qu’ils sont « tombés dans l’oubli », parfois parce qu’ils n’ont pas été consignés sur un support pérenne. De plus, les options qui s’opposent au discours national font prendre un risque professionnel, voire social, à ceux qui les soutiennent. Enfin, les incohérences entre le discours officiel et les faits entrainent rarement une réécriture de l’histoire mais plus souvent une mise à l’écart des faits gênant et parfois de ceux qui les soutiennent. Pour illustrer ces affirmations qui sembleront péremptoires aux amateurs de belles histoires, attardons-nous quelques instants sur la montée du nazisme après la première guerre mondiale et son soutien par une oligarchie financière internationale.

    En 1918, la France et l’Allemagne sortent extrêmement affaiblis de la guerre, surtout la France qui a subi les combats sur son sol. Pour autant, l’Allemagne parviendra, en 31 ans, à construire la plus grande puissance militaire d’Europe, malgré les sanctions et limitations dont elle faisait l’objet. Comment cela a-t-il bien pu arriver ? Puisque la puissance économique est un préalable nécessaire à la puissance militaire, alors l’Allemagne a bénéficié de circonstances économiques favorables, ce qui peut sembler contradictoire avec le régime de sanctions dont elle était frappée. En réalité, ces sanctions ont été allégées très rapidement. Pire, ses anciens adversaires auraient largement contribué à son redressement. Il convient de se souvenir que l’époque était marquée par la montée des revendications sociales et que Adolphe Hitler et son NSDAP a pu être perçu, dans certains milieux, comme une digue face à l’expansion du communisme. Par ailleurs, l’industrie allemande, qui assurait d’excellent retour sur investissements, semble avoir bénéficié d’un financement massif de la part de l’oligarchie financière occidentale, en particulier de Wall Street mais aussi de la City. C’est ainsi qu’elle fut capable de soutenir un effort de guerre bien supérieur à celui de ses futurs adversaires.

    Cette version de l’histoire est attestée par de nombreux faits qui tissent un récit sensiblement diffèrent de celui qui est enseigné dans les écoles. Antony Cyril Sutton, économiste américain d’origine britannique, a tenté de leur donner un sens dans un livre intitulé « wall street & the rise of Hitler ». Il est taxé de complotisme. L’Italien Guido Giacomo Preparata s’est consacré à l’étude des liens entre les nazis et l’oligarchie financière de Londres et de Washington. Il soutient que la majorité du financement des nazis était d’origine étrangère. L’allemand Joachim Fest soutient que le Directeur de la compagnie anglo-hollandaise Shell aurait remis d’importante somme d’argent à Hitler dès 1923. Il écrit « A partir de 1924, les industriels et les financiers partisans d’Hitler (Thyssen, Vogler, Schroeder et Kirdorf) ont transmis secrètement des sommes significatives aux nazis. De plus, la direction des émeutiers et les fonctionnaires du parti reçurent des salaires en monnaie étrangère ».

    Une recherche même embryonnaire sur internet apporte une abondance de faits qui remettent largement en question les croyances d’une majorité de personnes. Pour autant, l’écriture de cette histoire exigerait d’accéder à des archives que certaines familles n’ont aucun intérêt à partager et les auteurs qui s’y sont risqué ont pour la plupart entrepris une tache qui s’apparente à la reconstitution d’un puzzle avec un nombre de pièces très limité. Il est néanmoins impossible d’ignorer les contradictions entre le récit officiel, qui soutient que le parti NSDAP aurait accédé au pouvoir avec l’unique soutien financier de ses adhérents et de la population allemande tombée sous son charme, et certains faits aujourd’hui documentés. Il est désormais incontestable que le IIIème Reich a bénéficié des investissements des compagnies américaines General Motors et Ford, ainsi que du gérant de la Banque d’Angleterre Montagu Norman. Les banquiers américains ont largement soutenu l’industrie chimique allemande et en particulier d’IG Farbenindustrie, la Standard Oil de Rockfeller avait pris le contrôle de Krupp... Le soutien de l’oligarchie financière occidentale à Adolphe Hitler n’était pas seulement idéologique, cette oligarchie protégeait aussi ses investissements, en particulier contre la montée du communisme.

    Mais le plus surprenant dans ce paysage dramatique, qui dessinait une nouvelle Europe dès les années 30, une Europe moins sociale et plus respectueuse des pouvoirs financiers, c’est que l’oligarchie française, ces 200 familles qui avait été malmenée par le Front populaire, semblait-elle aussi sensible aux perspectives – faut-il écrire espoir ? - portées par Adolphe Hitler, ce qui donne sens à l’étrange défaite de 1940 (lire l’ouvrage éponyme de Marc Bloch).

    A défaut de disposer d’éléments sur les probables contributions de nos industriels à la montée du nazisme (je n’ai pas fait de recherches sur ce thème), il est aisé de trouver des faits qui illustrent leur coopération avec les allemands pendant l’occupation. Cette coopération leur fut, d’après Annie Lacroix-Riz, extrêmement bénéfique, puisque la situation particulière dans laquelle se trouvait la France leur permettait d’exercer une pression sociale qui devait furieusement leur rappeler les conditions très favorables de la révolution industrielle (Travail, Patrie, Famille). Persécuté par les nazis, les communistes n’ont eu d’autre choix que de constituer une résistance. Après l’épisode du front populaire, la montée du syndicalisme, Il est permis de penser que les 200 familles disposaient certainement d’une liste de fauteurs de troubles, communistes et autres agitateurs sociaux, et que les allemands auraient certainement accepté de prendre en charge ses personnes s’ils avaient eu connaissance de cette liste. Il s’agit ici de pure spéculation mais cette perspective explique pourquoi tant de communistes ont pris le maquis. A la question, les industriels français ont-ils collaboré avec un pistolet sur la tempe ou par intérêt, Annie Lacroix Riz semble soutenir l’idée que le pistolet n’était pas chargé et qu’ils le savaient. Sans doute s’agissait-il davantage de sauver les apparences.

    A la libération, en toute logique, dans une perspective de justice dont notre pays est si friand, les industriels auraient certainement dû payer le prix de leur trahison. Ce serait oublier le pragmatisme d’un De Gaulle dont l’objectif premier était de reconstruire la France et qui avait donc besoin de leur aide. En échange d’une écriture de l’histoire qui oublierait leur fructueuse collaboration avec les nazis, nos industriels durent accepter, on l’imagine avec quelques réticences, les conditions sociales du CNR (Conseil National de la Résistance) qui sont à la base de l’Etat français, pour le plus grand bénéfice des citoyens, mais pas des 200 familles et de leurs descendants.

    Aujourd’hui, alors que tout le monde a oublié cette histoire, les descendants des 200 familles ne perçoivent pas ce qui pourrait s’opposer à une soumission accrue du peuple français à ses intérêts. Après tout, la Grèce donne un excellent exemple de ce qu’un peuple peut endurer. Peut-être est-il temps de leur rappeler l’origine nauséabonde de leur fortune...

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