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    Saint-Emilion, lors du festival de jazz, en juillet dernier. 

    BONNAUD GUILLAUME

    Le Saint-Émilion Jazz  fait un break. Le festival, lancé par Dominique Renard en 2012, qui a accueilli des artistes prestigieux tels que Nile Rodgers, Earth, Wind and Fire, Marcus Miller, Dee Dee Bridgewater, Chick Correa ou Monty Alexander, ne proposera pas de huitième édition à la fin du mois de juillet, comme c’était le cas depuis sept ans.

    Il sera en revanche présent sur les festivités liées aux 20 ans de l’inscription de la juridiction de Saint-Émilion au Patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco, qui auront lieu du 28 au 30 juin.

     

    Des concerts gratuits

    À cette occasion, plusieurs concerts seront programmés, dont six (avec une grande tête d’affiche) dans les douves du palais Cardinal. Tous seront gratuits. Cette programmation sera annoncée le mois prochain, par le Conseil des vins de Saint-Émilion, organisateur de l’évènement.

     

    Qu’en sera-t-il du festival pour les années suivantes ? Il n’y a aucune certitude à l’heure actuelle. Dominique Renard, qui portait la manifestation, a quitté la présidence de l’association en fin d’année dernière. Il en reste le seul membre fondateur.

    "Du sang neuf"

    "Cela fait huit années que je me coltine ce poste, un poste à plein-temps, nous a-t-il expliqué ce mercredi matin. Pour quatre jours de festival, il faut y travailler toute l’année. Honnêtement, je me suis retrouvé souvent seul dans la comptabilité, dans la programmation, la sécurisation ou la communication de ce grand rendez-vous."

    "J’ai pensé qu’au bout de huit ans, à l’âge qui est le mien (69 ans, NDLR), il fallait un autre regard, instiller du sang neuf et revoir le modèle économique", ajoute-t-il.

     

    Publié le 20/02/2019 à 12h06. Mis à jour à 14h41 par Jean-Charles Galiacy.
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  • Camera Silens, le 15 novembre 1984, à Bordeaux. Gilles Bertin est troisième sur la photo (de gauche à droite). 

    PHOTO DR
     

    Jilles Bertin, c’est l’histoire d’un homme et d’une génération en rupture de ban, vomissant ses illusions perdues et beuglant ses rêves de chaos. Avec un scénario de vie inscrit en noir dans le Bordeaux des années 80, au tout début du premier septennat de François Mitterrand.

    >>> Sur notre site : "Trente ans de cavale" : l’ex punk bordelais Gilles Bertin se livre sans tabous

     

    A 20 ans, boucles blondes et haute silhouette longiligne, le chanteur charismatique du groupe bordelais Camera Silens, du nom des cellules d’isolement du groupe terroriste allemand d’extrême gauche Fraction armée rouge, était une voix de la scène punk française. Il électrisait la scène avec ses potes, aux côtés d’un autre groupe de rock bordelais émergent, un certain Noirs Désirs (futur Noir Désir). Une bande de jeunots qui écrivait encore son au pluriel et ne savait pas qu’elle était déjà en route pour la gloire.

    Né à Bordeaux durant l’été 1981 de la rencontre de Gilles Bertin (chanteur, basse), Benoît Destriau (guitare) et Philippe Schneiberger (batterie), dans une fête à Saint-Pierre, un quartier ancien du centre de la ville dont la réhabilitation n’est pas encore achevée, Camera Silens se construit sous l’influence de la scène musicale anglaise de l’époque : la vague punk (les Clash, les Sex Pistols…), le reggae et le ska. Les trois jeunes punks-skinheads ont pour quartier général le café Le Chiquito, un repère du quartier Saint-Pierre.

    En 1982, le trio remporte le tremplin Rockotone, dans le cadre de la première édition de Boulevard du Rock, à la salle municipale des fêtes du Grand Parc, à Bordeaux nord. Ce soir-là, Camera Silens, avec Gilles Bertin à la basse et au micro, casse la baraque et décroche la palme ex-æquo avec Noirs Désirs. Le groupe de Bertrand Cantat, autre jeune chanteur magnétique, décline le prix (déjà !), une cession d’enregistrement. Mais Camera Silens en bénéficie et enregistre une maquette au studio Deltour, à Toulouse. 

    Qui saura nous faire exploser / Qui vaincra pour s’exprimer / Tous unis pour réussir / Tous unis pour en finir / Pour la gloire, eh, eh ! Gilles Bertin

    En 1983, le groupe est sélectionné par Patrice Blanc-Francard, le producteur des "Enfants du Rock" sur Antenne 2 (future France 2), pour représenter la mouvance punk Oi !, dans le cadre de la spéciale consacrée à Bordeaux, la ville en passe de devenir l’épicentre du rocken France. Filmé et interviewé dans la salle de spectacle d’Eysines,  dans la banlieue bordelaise, Camera Silens passe à la télévision dans le reportage "Hé Kick, vas où tu crois". Avec "Pour la gloire",  l’un de ses tout premiers titres, déjà un hymne.

    Camera Silens, le 29 avril 1985.Camera Silens, le 29 avril 1985. 

    CRÉDIT PHOTO : PHOTO DR

    Les concerts et les festivals s’enchaînent pour Camera Silens dont la réputation grandit à Bordeaux et en France, et qui se forge une image de groupe hors système, drainant des hordes de fans punks. En 1985, il tourne le clip de son titre "Réalité", réalisé et diffusé par FR3 Bordeaux.

    Un hold-up digne d’un film policier. « Sud Ouest », le 28 avril 1988

    Mais Gilles Bertin, junkie et accro à l’héroïne, a déjà commencé à basculer. En prison pour vol durant six mois en 1984, devenu braqueur après avoir croisé la route de proches de militants indépendantistes basques d’ETA et des commandos autonomes anticapitalistes, en cavale à 30 ans après la fameuse attaque du fourgon blindé de la Brink’s à Toulouse, le 27 avril 1988, Gilles Bertin se planquera sous le nom de Didier Ballet en Espagne puis au Portugal, à Lisbonne. Il y dirigera un magasin de disques avant de revenir à Barcelone au début des années 2000, où il reprend le bar de ses beaux-parents.

    Rescapé du sida, tenu pour mort dans son pays, il a fait sa réapparition en France en 2016, après 28 ans de clandestinité, franchissant la frontière le 17 novembre, pour se mettre en règle et se rendre à la justice deux jours plus tard. Sac au dos. Pour la gloire, pour l’honneur. 

    Après s’être livré à la police, fin novembre 2016, alors que tout le monde le croyait mort, Gilles Bertin, 58 ans, était condamné  le 6 juin 2018 à Toulouse à cinq ans de prison avec sursis… Trente ans après le casse légendaire de la Brink’s, en 1988.

    SUR LE WEB :  UNE SELECTION DES ARCHIVES VIDEO DE CAMERA SILENS 

    Réalisée par Stéphane C. Johathan

    Toute la discographie de Camera Silens (1981–1988) est répertoriée sur le site du labelEuthanasie Records. Les archives vidéo concernant le groupe punk bordelais mythique sont assez rares. La plus notable d’entre elles a été réalisée par Antenne 2, en 1983, dans la cadre d’une série de reportages sur les scènes rock de différentes grandes villes françaises, Michel Vuillermet a tourné à Bordeaux le film "Hé Kick, va où tu crois" (voir ci-dessus). On y voit notamment Camera Silens, les Exemples, Noirs Désir, les Stagiaires, Parfum de Femme… De larges passages ont été compilés dans le long-métrage "Nous, Enfants du Rock", diffusé en 1992. L’intégralité du documentaire original sur la scène rock bordelaise est disponible en DVD dans le livre "Bordeaux Rock(s)" de Denis Fouquet, paru en 2007. 

    Vidéo montage sur la chanson "Sans sursis" (1985)

    Vidéo montage sur la chanson "A qui la faute ?"

    "Réalité" (album complet) "Camera Silens: 84/87" (compilation, album complet)

    A l’occasion de la sortie de son livre autobiographique, "Trente ans de cavale", retour sur l’incroyable épopée de Gilles Bertin. L’ex-chanteur du groupe bordelais Caméra Silens a disparu pendant 30 ans après le casse de la Brink’s à Toulouse.

     

    Publié le 06/06/2018 à 10h20. Mis à jour le 17/02/2019 par Cathy Lafon.
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  • Qu’est-ce que l’islam ? Qu’est-ce qu’il est réellement dans son essence ? S’agit-il d’une religion ? Son implantation récente en France fait surgir cette question qu’analyse Odon Lafontaine, auteur de La Laïcité, mère porteuse de l’islam ? (Ed. Saint Léger-Les Unpertinents, 2017, avec le P. Michel Viot).

    L’ISLAM, CETTE VIEILLE CONNAISSANCE

    Nous connaissions l’islam avant, dans le temps jadis. De loin, comme l’adversaire fantasmé de la chanson de Roland. Comme le sultan qui refusa la conversion proposée par Saint François d’Assise. Comme le Turc qui faillit prendre toute l’Europe après Constantinople. Comme le Maure qui terrorisait la Méditerranée par la razzia, la piraterie et l’enlèvement en l’esclavage. L’islam était l’adversaire archétypal de la chrétienté et de l’Occident.

    La critique chrétienne fondamentale, formulée dès son apparition, le fustigeait comme une hérésie (c’est-à-dire une contrefaçon de l’idée du Royaume de Dieu), notamment dans les réquisitoires sans appel de Jean de Damas (VIIIe siècle) ou de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, qui fit traduire le Coran au XIIe siècle.

    Et puis, nous avons connu l’islam de beaucoup plus près, lorsque le vent de l’histoire tourna, que l’islam consomma sa décadence, se laissant envahir et soumettre par l’impérialisme occidental. Un « vivre ensemble » s’établit dans les terres d’islam. On y vivait à l’européenne au XXe siècle dans ses grandes villes, tandis que le progressisme occidental se diffusait partout : technique, institutions politiques modernes, idées nouvelles de nationalisme, de socialisme, de sécularisation… Les « orientalistes » poursuivirent le travail d’étude et de compréhension de l’islam. Ils lui appliquèrent les méthodes scientifiques nouvelles et l’esprit critique développés à partir du christianisme (et de plus en plus contre lui).

    C’est ainsi qu’Ernest Renan en vint à donner cette conférence fameuse de 1883 à la Sorbonne, d’où provient la citation en titre de cet article. C’est ainsi que la critique historique fondamentale de l’islam fut initiée. C’est ainsi, pour faire pièce à la religion chrétienne honnie, que se développa aussi chez une partie des orientalistes le mythe d’une religion de tolérance et de paix, qui aurait fait le bonheur de l’Andalousie.

    INTOUCHABLE ISLAM

    Cette approche idéologique de l’islam en vint à placer un écran de fumée entre sa réalité, particulièrement la connaissance empirique et scientifique ainsi développée au fil des siècles, et le discours dominant qui est toujours tenu sur lui en Occident. L’après-guerre a vu de la sorte les forces anticoloniales et anti-impérialistes déployer un discours de commisération et d’encensement des musulmans, perçus comme nouveaux prolétaires du schéma marxiste, nouveaux acteurs du progressisme, de la révolte contre le monde ancien.

    On était aveugle à leur cœur battant, l’islam, que la réaction contre l’impérialisme occidental avait excité, ravivé et transformé. Les autorités et doctrines nouvelles de l’Occident contemporain ont achevé ce travail d’oubli, au moyen notamment de concepts nouveaux comme le politiquement correct, l’islamophobie ou l’invention du dualisme islam/islamisme. Dans un sens, c’est toute une connaissance de l’islam qu’il nous faut retrouver.

    LA NATURE PROFONDE DE L’ISLAM

    Qu’est-ce en effet que la foi musulmane ? Un musulman répondra : « Pas de divinité en dehors de Dieu et Mahomet est l’envoyé de Dieu ». Certes, mais voilà qui ne définit pas grand-chose sur le plan pratique. Quel sens cette foi donne-t-elle à la vie d’un musulman ? Au destin de la société ? Qu’espère un musulman de la vie ? Pourquoi agit-il ? En vue de quoi ? Et, à partir de là, comment agit-il ?

    Voilà ce qui définit réellement toute conviction fondamentale, qu’elle soit religieuse, idéologique ou philosophique. S’arrêter à la seule profession de foi ne suffit pas. Il faut expliquer comment se détermine la vision pratique du monde.

    Nous comprenons donc que la définition de « religion » ne suffit pas à décrire l’islam. Oui, il est en partie religion, mais ce qu’il recouvre dépasse le sens post-chrétien que nous donnons désormais à ce mot. D’ailleurs, il n’existe pas en islam. C’est à tort que nous traduisons le terme de « dîn », qui définit l’islam dans le Coran, par « religion » : son sens arabe réel est celui d’une « justice » et d’un « jugement », non d’une religion. Il s’agit tout à la fois de faire ce qui est juste, ce qui est ordonné par Dieu (la loi divine) et d’obéir au sens de l’histoire imposé par Dieu, celui de l’islamisation du monde qui mènera au jugement dernier.

    « La religion » en islam est donc ce qui juge des comportements entre musulmans, soumis à la loi divine, et mécréants, envoyant les uns au paradis et les autres en enfer, jusqu’au « jugement » dernier du monde. La soumission à la loi est le vrai culte rendu à Dieu, tous les jours, à chaque instant : « Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion [dîn] et accompli sur vous Mon bienfait. Et J’agrée la soumission [islam] comme religion [dîn] pour vous », dit le Coran (S5,3).

    La prière rituelle du vendredi à la mosquée n’est ainsi qu’une des formes de ce culte, de la pratique collective de la justice. Voilà donc comment l’islam se propose de réaliser son espérance : la justice divine pour faire régner le Bien et établir le « Royaume de Dieu ».

    C’est pour cela que l’islam est intrinsèquement une foi et une loi, une religion et un système politique, quoi qu’en disent ceux qui espèrent détacher l’une de l’autre. C’est ce qui justifie la formule de Renan : « L’islam, c’est l’union indiscernable du spirituel et du temporel, c’est le règne d’un dogme, c’est la chaîne la plus lourde que l’humanité ait jamais portée ».

    ISLAM ET ISLAMISME

    De là, on peut enfin comprendre la « radicalisation », son jeu avec « l’islam modéré » et la cause de l’expansion de l’islam. Modérés et radicaux partagent effectivement le même projet ultime, le même sens donné à l’histoire, la même espérance finale du « Grand Soir », celui de l’islamisation du monde. Les radicaux emploient la violence, tout comme le faisaient les communistes révolutionnaires.

    Les modérés y répugnent, beaucoup condamnent, tout comme les communistes réformistes, mais peu vont jusqu’à désavouer complètement leurs cousins radicaux, de même que rares sont les réformistes qui renient la révolution de 1917 – tout au plus regrettent-ils qu’on n’ait pas appliqué le « vrai communisme » par la suite.

    La violence fait de toute façon partie du scénario musulman prévu pour la fin des temps, lorsque la terre entière deviendra musulmane. Il est donc des plus légitimes d’y recourir, puisque le sens de l’histoire le commande. Elle est de fait consubstantielle à la vision islamique d’une humanité partagée en deux natures, l’une supérieure par élection divine – « vous êtes la meilleure des communautés » (S3,110) – l’autre inférieure, vouée à l’enfer. Elles forment deux camps politiques irréconciliables, les musulmans et les mécréants.

    Certains ont pu cependant développer des interprétations « spiritualisées » ou « sécularisées » de ces injonctions. En l’état, ils se retrouvent piégés et désavoués par l’islam « réellement existant », c’est-à-dire l’esprit comme la lettre de ces textes, et la lecture millénaire qu’en a toujours faite l’islam, portée par l’influence toujours croissante des radicaux.

    Désavoués par presque tous les autres musulmans, parfois jusqu’à la persécution. Et désavoués par la dynamique même de l’islam, matérialisée entre autres par le grignotage expansionniste constaté en Seine Saint-Denis, ou bien par l’unanimité du monde musulman, pourtant très divisé contre lui-même, mais soudé comme jamais lorsqu’il s’agit de mettre en œuvre une stratégie d’islamisation du monde par la diffusion de la charia.

    C’est ce qu’expliquait le père Henri Boulad, prêtre égyptien très fin observateur de l’islam dans sa profondeur historique avec sa formule « l’islamisme, c’est l’islam à découvert, dans toute sa logique et sa rigueur. Il est présent dans l’islam comme le poussin dans l’œuf, comme le fruit dans la fleur, comme l’arbre dans la graine ». Puissent ses avertissements dissiper l’écran de fumée.

     

    Article publié sur sur le site web du magazine L’Incorrect : https://lincorrect.org/la-chaine-la-plus-lourde-que-lhumanite-ait-jamais-portee/ et dans le magazine L’Incorrect n°16 (janvier 2019)

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