• Entretien explosif avec Juan Branco sur le pouvoir macroniste

    Avocat, philosophe, chercheur, diplômé des hautes écoles qui fabriquent les élites de la haute fonction publique, Juan Branco publie sur son blog « CRÉPUSCULE », une enquête sur les ressorts intimes du pouvoir macroniste et ses liens de corruption, de népotisme et d’endogamie. Il parle de son enquête dans un entretien avec Daniel Mermet. A la suite de cet entretien, la porte-parole du parti majoritaire, La République en Marche, a demandé, via une procédure officielle, au Procureur de la République de poursuivre Juan Branco et d'assurer sa détention pour avoir, selon elle, "armé les esprits". 

    https://la-bas.org/la-bas-magazine/entretiens/Juan-Branco-desosse-Macron

     

    Des milliardaires d’Etat

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    Dans son enquête, Juan Branco relève que Macron fut en quelques mois propulsé d’être inconnu à être démocratiquement élu grâce à matraquage médiatique inédit qui a été le fait de milliardaires. Des milliardaires dont la fortune a été faite par l’Etat et dont le maintien est directement dépendant des décisions des gouvernants. Il n’est pas difficile de comprendre l’importance pour ces milliardaires de plaire aux élites politiques et technocratiques, et dès lors, de se constituer en ploutocrates en investissant dans la presse afin de s’assurer que ces hommes leur prêtent une influence sur laquelle ils pourront jouer.

    Plusieurs centaines de haut-fonctionnaires sont déjà sous leur influence, une emprise qui débute dès leur sortie de ces fabriques à élite que sont Polytechnique, l’Ecole Normale supérieure ou encore l’ENA. En prenant possession de 90% de la presse, ces quelques milliardaires se sont fabriqué des relais médiatiques capables de construire des destins politiques.

     

    Ces hauts fonctionnaires dont la carrière dépend plus de leur capacité à séduire et à servir ces mêmes oligarques que de leurs qualités intrinsèques sont ainsi pris dans la nasse de ce qu’il conviendra d’appeler un système ploutocratique, à savoir un espace public dominé par des individus dont la fortune dépend directement ou indirectement de l’État, et qui l’ont investie pour prendre le contrôle des médias et ainsi s’assurer de la préservation de leurs intérêts au détriment du bien commun. C’est ainsi que, selon Juan Branco, Emmanuel Macron a été « placé » bien plus qu’il n’a été élu.

    De l’indépendance journalistique

    On entend déjà s’indigner ces journalistes qui ne se contentent pas de placer leur indépendance au-delà de tout soupçon, mais accusent de complotisme ceux qui leur présente les faits exposant leur compromission et de délire les mises en doute de leur intégrité. Le paysage médiatique est pluraliste répondront-ils, empli de journalistes courageux et indépendants, ou du moins suffisamment nombreux pour se faire concurrence et éviter ainsi de trop grandes compromissions systémiques. Un discours qui entretien l’illusion que les journalistes s’époumonent à défendre leur libre-arbitre face aux propriétaires de leur appareil de production qui, de toute façon, n’interviennent jamais sur le contenu de leur travail.

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    Juan Branco dresse un tableau tout autre de la profession qu’il décrit comme un putride espace où la peur et l’incertitude règnent pour écraser toute diction de l’information qui ne servirait pas le pouvoir en place. Il décrit de façon factuelle et noms à l’appui les dispositifs d’intimidation symboliques mis en place par les ploutocrates.

    On ne meurt pas par assassinat en France lorsque l’on est journaliste. On meurt par compromission ou précarité, car les mécanismes visant à faire taire les courageux sont bien plus insidieux qu’en un pays autoritaire. En France l’information se dilue, s’étouffe par la médiocrisation de sa production, son éditorialisation, l’assèchement des moyens. Certains parmi les ploutocrates sont non seulement propriétaires des grands médias mais aussi des premiers annonceurs de France. Ils détiennent par cela un droit de vie et de mort sur n’importe quel média et n’hésitent à faire retirer des publicités des quotidiens qui leur déplaisent, les menaçant ainsi de faire faillite, afin de leur faire comprendre ce qu’ils auraient à payer si jamais ils décidaient de se montrer trop indépendant.

    Non, en France, personne ne prend la peine de tuer puisqu’il suffit de nommer. Car à quoi bon tuer ou intervenir directement sur les contenus, lorsque l’on peut intervenir indirectement dans la production de l’information par le truchement d’hommes et femmes de main en charge, en tous ces journaux, du recrutement et du licenciement, des promotions et mises au placard de tous les journalistes des plus prestigieuses rédactions où tous les journalistes de France rêvent d’être recrutés ? Pourquoi prendre le risque d’apparaître alors qu’il suffit de donner instruction de faire licencier et recruter les journalistes qui auraient l’heur ou le malheur de plaire ou de déplaire ? 

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    Entre leur pouvoir publicitaire et leurs propriétés, ajoutés aux réseaux de pouvoir qu’ils entretiennent, ces ploutocrates ont créé une telle oppression dans le paysage médiatique qu’elle fait naître un conformisme de tout instant, puisque de toute façon, les journalistes se savent maintenant plus devoir à leurs propriétaires et à des annonceurs plutôt qu’à leurs lecteurs. Les journalistes sont devenus des zombies asservit littéralement à quelques milliardaires ayant un tel pouvoir qu’ils n’ont même plus besoin d’en user, se contentant ponctuellement de faire taire et acheter. L’espace journalistique est traversé de semi-compromissions qui empêchent quiconque d’avoir l’indépendance suffisante pour tout raconter : tous ont une affinité, un lien, une dépendance à l’un des pans de ce système qui les empêche de recouper ou d’énoncer.

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    C’est ainsi que le matraquage médiatique en faveur de la campagne de Macron s’est doublé, ou a nourri, par suivisme et conformisme, des centaines d’articles élogieux, mais aussi de documentaires et de mises en scènes diverses (on se rappellera notamment les meetings à moitié vides présentés comme glorieux, ou les proses poussives présentées comme brillantes, ou encore les propositions programmatiques inexistantes justifiées au nom du pragmatisme et de l’intégrité).

    Il y a un problème grave dans le fait que la presse française soit concentrée entre les mains de quelques personnes très richement dotées, qui ont investi dans les médias car leur fortune dépend de l’Etat. Tous les jurons dont recouvrent les journalistes quiconque oserait le mettre en doute n’y peuvent rien. Il y’a de toute évidence à Paris selon Juan Branco, un cloaque où les politiques se vendent aux ploutocrates, sous le regard complaisant de journalistes avariés.

    « Lettre du président aux Français que beaucoup de citoyens ne liront pasle président trace une route dont on perçoit la destination : la ruine »
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