• « Gilets Jaunes » : « LaREM » ou La Révolution En Marche !

     

    « GILETS JAUNES » :

    « LAREM » OU LA REVOLUTION EN MARCHE

    Sourd, archi-sourd ! Aveugle, archi-aveugle ! L’actuel gouvernement français n’a décidément rien compris à cet immense soulèvement populaire que représentent aujourd’hui, à travers tout le pays, les « gilets jaunes ». Pis : ces prétendues mesures, tel la provisoire suspension – et non la définitive suppression, comme il était demandé – de la taxe sur les carburants, que vient de proposer, ce mardi 4 décembre 2018, le Premier Ministre, Edouard Philippe, afin d’ « apaiser » la colère de ses concitoyens, sonnent désormais, après pourtant plus de deux semaines d’une très massive contestation, comme autant d’insultes à l’intelligence sociopolitique de ces mêmes « gilets jaunes » et même, plus généralement, de tous ceux qui, comme moi, les soutiennent ardemment. Et ce, contrairement à ce que va assénant Macron et Cie, toutes tendances politiques confondues et par-delà tout clivage idéologique.

    L’ALIBI HONTEUX DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE AFIN DE RENFLOUER LES CAISSES DE L’ETAT

    Car ce qu’Edouard Philippe n’a manifestement pas compris, pas plus d’ailleurs que le président de la République, Emmanuel Macron lui-même, qui se révèle être complètement déconnecté là de la réalité des faits quotidiens, c’est que cette funeste hausse du prix des carburants, au motif en outre aussi fallacieux qu’hypocrite de la « transition écologique », n’était somme toute, face à la croissante misère populaire, que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

    En d’autres mots, et la question s’avère ici parfaitement légitime : fallait-il nécessairement, pour réduire l’empreinte énergétique, appauvrir, davantage encore, toute une population ? La réponse est « non », bien évidemment ! Au contraire : la solution préconisée ici, par le pouvoir exécutif en place, s’avère pire que le problème posé au départ, et qu’il prétend ainsi malencontreusement résoudre. On frise même là le ridicule, sinon l’absurde, voire le mépris vis-à-vis du peuple : comment vouloir en effet guérir un mal (la pollution atmosphérique et autre réchauffement climatique, que nul ne nie) en créant un autre mal (la diminution, avec cette constante hausse des prix, du pouvoir d’achat), peut-être plus grave encore, que ce soit à court, moyen ou long terme ?

    C’est dire si cette fameuse transition écologique, que nous appelons certes de nos vœux, ne se révèle être en définitive, telle qu’elle est conçue aujourd’hui par Macron et son Gouvernement, qu’un piètre et surtout honteux alibi destiné, en première instance, à renflouer, et sur le dos des plus démunis de surcroît, les caisses de l’Etat : un Etat qui, comme tel, est en train de prendre aujourd’hui, et de plus en plus au fil des jours, les sinistres traits de ce monstre politico-économique qu’un philosophe tel que Thomas Hobbes appela naguère, de biblique mémoire, le Léviathan !

    LE ROITELET EST NU

    Ainsi, cette révolte populaire est-elle allée, pour s’exprimer, jusqu’à entonner une très patriotique Marseillaise, en guise de protestation, jusqu’aux portes de l’Elysée. L’image, de mémoire de philosophe ou d’historien, est, certes, forte : ces manifestants chantant ainsi leur mécontentement à deux pas du palais de l’Elysée, parfois le drapeau français à la main (telle l’emblématique « Liberté guidant le peuple  » du peintre Eugène Delacroix), n’étaient pas sans rappeler les accents de ceux criant jadis leur colère, en 1789, devant les grilles du château de Versailles ! Macron, ce roitelet du Faubourg Saint-Honoré, serait-il donc, après moins de deux ans seulement d’un mandat tenant plus de l’arrogance monarchiste que de l’humilité démocratique, presque nu ? 

    BHL ET LES INTELLECTUELS DE SALON

    C’est là précisément, cet immense mais légitime ras-le-bol socio-économique, ce que ne semblent pas correctement entendre, non plus, bon nombre de ces commentateurs pérorant à longueur de journée ou de soirée sur les divers plateaux de télévision, parmi lesquels figure, non moins étrangement, le leader même de Mai 68, Daniel Cohn-Bendit, qui, nanti de sa légendaire faconde et, accessoirement, de ses notoires accointances avec les actuelles sphères du pouvoir, ne cesse de minimiser, lui qui vécut pourtant une révolte similaire en sa jeunesse, l’ampleur tout autant que la profondeur de ce mouvement populaire desdits « gilets jaunes ». Idem, et pire encore, pour l’inénarrable Bernard-Henri Lévy, figure type, jusqu’à la caricature de lui-même, de l’intellectuel de salon, aussi fat que dérisoire et qui, sur cet épineux mais important dossier, multiplie bévues et contre-sens, complètement dépassé, à l’instar de bon nombre de ses pairs people, par les événements !

    DEUX SYMBOLES POPULAIRES FORTS : DU PRIX DU PAIN EN 1789 AU COÛT DE L’ESSENCE EN 2018

    Car ce que la plupart de ces « opinion leaders » et autres politologues patentés ne comprennent manifestement pas, c’est que cette fameuse taxe écologique sur l’essence n’est que l’impôt de trop : un symbole particulièrement négatif, étroitement lié, de surcroît, à cet autre symbole de notre technologique modernité qu’est la voiture, sans laquelle il n’est pratiquement plus possible aujourd’hui de se rendre au travail ou de faire ses courses, c’est-à-dire de vivre tout simplement, comme pouvait l’être par le passé, lorsque notre société était plus rurale ou paysanne, l’augmentation du prix du pain.

    L’AUTOGESTION : UN COMBAT MORAL CONTRE L’INJUSTICE SOCIALE ET ECONOMIQUE

    Aussi, ce contre quoi ces « gilets jaunes » protestent ainsi massivement, c’est, en premier lieu, l’aggravation de la précarité chez les classes sociales les plus défavorisées et, parallèlement, l’accroissement des inégalités, toujours plus flagrantes en France (comme dans toute l’Europe), entre les riches et les pauvres.

    Bref : c’est là, avant tout et plus généralement, un combat, y compris sur le plan moral, contre l’injustice et, en l’occurrence, tant sociale qu’économique ! Avec, en filigrane, l’amorce, par son côté spontané, populaire, autodéterminé et protéiforme, d’un mouvement d’autogestion – un début de démocratie directe, critique et participative, plus que représentative – conformément à l’idéal premier de la véritable social-démocratie, contre les abus successifs, souvent frauduleux, du pouvoir. Le mouvement des « gilets jaunes », c’est donc, en première analyse, une révolution pacifiste et citoyenne, au sens le plus noble du terme. C’est même là une révolution en marche !

    L’ADEQUATION ENTRE LA « REPUBLIQUE » ET LA « CHOSE PUBLIQUE » 

    Mieux : s’il est exact que le mot même de « république » signifie en bon français, comme l’atteste son étymologie latine « res publica », la « chose publique », alors est-il encore plus vrai que cette révolte populaire, exprimée ainsi collectivement par ces « gilets jaunes », s’avère bien celle de la « république en marche » au sens premier du terme, et non celle, incarnée par les seules élites, du parti politique, comme l’indique erronément son appellation, qu’a fondé, afin de se voir ainsi élu à la tête de l’Etat, le Président de la République, Emmanuel Macron !

    D’où cette conclusion, que ce dernier ferait bien de méditer avec tout le sérieux qui sied en pareille circonstance : ce que les « gilets jaunes » sont en train de faire aujourd’hui, en réalité, c’est mener logiquement à son terme, conformément au souhait de départ de Macron en personne, mais sans lui désormais tant il s’est montré incapable de le réaliser dans les faits, cette « République en Marche » qu’il avait naguère lui-même appelée de ses vœux. Avec, au bout du compte et grâce à cela, une union nationale enfin retrouvée !

    MACRON, VICTIME DE L’ARROGANTE OUVERTURE DE SA PROPRE BOÎTE DE PANDORE

    Pis : comme il arrive très souvent dans la plupart des processus révolutionnaires, qu’il aura donc personnellement enclenché sans pour autant prévoir ses inévitables conséquences, le trop jeune et inexpérimenté Macron risque-t-il ainsi de se faire finalement avaler, paradoxalement, sous les douloureux quoique salutaires clapets de cette énorme boîte de Pandore qu’il aura lui-même un peu trop hâtivement ouverte. Et de manière aussi politiquement démagogique qu’imprudente socialement. Macron, pris ainsi à son propre piège ! 

    Oui : ce roitelet, bizarrement autiste devant la colère pourtant aussi tangible que visible de la part de ces milliers de manifestants battant le pavé à travers toute la France depuis maintenant près de trois semaines, paraît bien nu aujourd’hui, ainsi subitement dépouillé, face à la cruelle réalité des faits quotidiens, de sa pharaonique superbe lors de son premier discours présidentiel sous le fastueux mais trop idéalisé, sinon facile, décorum de la Pyramide du Louvre.

    « LAREM » : LA REVOLUTION EN MARCHE PLUS QUE LA REPUBLIQUE EN MARCHE

    C’est dire, en conclusion, si le sigle et slogan tout à la fois de « LaREM », pour « La République En Marche », devrait se voir interprétés désormais, au vu de ce qui se passe aujourd’hui dans les rues de Paris comme de toute la France, comme « La Révolution En Marche » !

    N’était-ce d’ailleurs pas là, ironie du sort, le titre même, « Révolution » du livre d’un certain Emmanuel Macron avant que le pouvoir, une fois arrivé à la fonction suprême de l’Etat, ne lui monte à la tête, lui faisant ainsi perdre soudain, du même coup, toute faculté d’analyse, ce mixte, en même temps (pour reprendre sa formule préférée !) de lucidité, de raison, de pragmatisme et de bon sens ?

    CONTRE LA VIOLENCE, POUR LE DIALOGUE : AU NOM DE LA DEMOCRATIE DIRECTE, CRITIQUE ET PARTICIPATIVE

    Reste que, tout ceci étant dit, la violence, qu’elle soit à l’encontre des biens matériels ou des personnes physiques, des politiques ou des journalistes, est injustifiable, stérile et indéfendable à la fois, et que, dans ces conditions, le dialogue – mais un dialogue franc et sincère, constructif, et non un dialogue de sourds ou de façade, fictif, de pure quoique insuffisante rhétorique – entre les différentes parties qui s’opposent s’avère plus que jamais nécessaire. Il en va, sans être alarmiste outre mesure, de l’avenir même de la démocratie et donc, dans son sillage, de l’Etat de Droit.

    GILETS JAUNES D’EUROPE, UNISSEZ-VOUS, DE PARIS A BRUXELLES !

    Conclusion ? Peuple de « gilets jaunes », Gilets Jaunes de France, de Belgique et d’ailleurs, Gilets Jaunes d’Europe : unissez-vous, après vous être très justement indignés, pour reprendre l’heureuse et belle formule de mon ami, aujourd’hui disparu, Stéphane Hessel !

    Ainsi, ce samedi 8 décembre 2018, le modeste philosophe que je suis – mais qui se souvient néanmoins du précieux apport des Lumières, de Voltaire à Diderot, au temps de la Révolution Française – viendra, de Bruxelles, pour vous soutenir à Paris !

    DANIEL SALVATORE SCHIFFER*

    *Philosophe, auteur notamment de « La Philosophie d’Emmanuel Levinas – Métaphysique, esthétique, éthique » (Presses Universitaires de France), « Oscar Wilde » (Gallimard-Folio Biographies), « Lord Byron » (Gallimard-Folio Biographies), « Du Beau au Sublime dans l’Art – Esquisse d’une Métaesthétique » (Ed. L’Âge d’Homme) et « Traité de la mort sublime – L’art de mourir de Socrate à David Bowie » (Alma Editeur). A paraître : « Divin Vinci – Léonard de Vinci, l’ange incarné ».

     

    « Bordeaux : à Saint-Michel, un nouveau lieu pour répondre aux besoins des adolescentsLes referendums d'initiatives citoyennes (RIC) sont la seule solution qui permettra aux gilets jaunes et au peuple de récupérer le pouvoir démocratique. »
    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It