• La prime des entreprises sera défiscalisée jusqu'à 1 000 euros

    Par LIBERATION — 14 décembre 2018 à 17:32
    Gonesse, le 14 décembre 2018. Edouard Philippe, Premier ministre, en visite dans l'entreprise d'Etienne Bernard 'Bernard Controls', afin d'échanger avec des chefs d'entreprises sur la «prime exceptionnelle pour le pouvoir d'achat».Gonesse, le 14 décembre 2018. Edouard Philippe, Premier ministre, en visite dans l'entreprise d'Etienne Bernard "Bernard Controls", afin d'échanger avec des chefs d'entreprises sur la «prime exceptionnelle pour le pouvoir d'achat». Photo Denis Allard pour Libération.

    Le Premier ministre a présenté vendredi les modalités du dispositif, annoncé par Emmanuel Macron lundi soir, et censé répondre aux demandes des gilets jaunes sur le pouvoir d'achat.

    La «prime exceptionnelle défiscalisée» promise par Emmanuel Macron pourra atteindre 1 000 euros et être versée jusqu’au 31 mars 2019, a annoncé Edouard Philippe. En déplacement dans une entreprise du Val-d’Oise, le Premier ministre a détaillé vendredi les modalités de ce dispositif à la charge des entreprises.

    «Il n’est jamais arrivé qu’une prime exceptionnelle soit exonérée de tous les prélèvements», a souligné Edouard Philippe. Confirmant que, jusqu’à 1 000 euros, celle-ci serait «exonérée de toute charge sociale : ni impôt sur le revenu, ni CSG ni CRDS ni aucune cotisation sociale ne seront affectés à cette prime : si une entreprise décide de verser 350 euros de prime à ses salariés, ceux-ci toucheront exactement 350 euros».

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    Libre à chaque employeur, toutefois, de verser ou non la prime. Si celle-ci est supérieure à 1 000 euros, l’excédent sera bien soumis à l’impôt et aux cotisations. La défiscalisation ne vaudra en outre que pour les salariés «qui touchent moins de 3 600 euros [net] par mois, a ajouté le Premier ministre, pour concentrer ces mesures sur ceux qui ont les rémunérations les plus modestes». Les entreprises volontaires auront jusqu’au 31 mars 2019 pour verser la prime. Celle-ci ne concernera pas les fonctionnaires, a enfin confirmé Édouard Philippe, renvoyant le sujet aux négociations prévues en 2019 entre l’Etat et sa fonction publique.

    Le dispositif fait partie des mesures «d’urgence économique et sociale»annoncées lundi soir par Emmanuel Macron, pour répondre au mouvement des gilets jaunes. L’ensemble des annonces du chef de l’Etat – annulation de la hausse de la CSG pour certains retraités, de la hausse des taxes sur l’essence pour 2019, hausse de la prime d’activité – représente un coût de 10 milliards d’euros, dont l’exécutif n’a pas encore précisé le financement.

    Les annonces d’Emmanuel Macron feront l’objet d’un projet de loi, présenté mercredi prochain en Conseil des ministres et que le gouvernement espère voir adopté par le Parlement avant la fin de l’année. Il aura pu, d’ici là, vérifier ses effets sur les gilets jaunes, dont certains appellent à une nouvelle mobilisation pour samedi.

    LIBERATION
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  • Gilets jaunes : un revenu de base s'impose

    Par le Mouvement français pour un revenu de base (MFRB) — 15 décembre 2018 à 09:14
    Des gilets jaunes à Lille, le 8 décembre.Des gilets jaunes à Lille, le 8 décembre. Photo François Lo Presti. AFP

    La mise en place d’un impôt plus progressif, du retour de l’ISF, de la lutte contre l’évasion fiscale ou de la taxation sur les Gafa permettrait de financer un revenu universel comme réponse concrète aux revendications des gilets jaunes.

    Tribune. La vague de gilets jaunes, symbole d’une révolte française, est l’expression d’un profond sentiment d’injustice contenu depuis trop longtemps. Les enjeux soulevés par ce mouvement demandent des changements réels et non de simples ajustements. Nous appelons à un grand débat sur l’instauration du revenu de base, qui pourrait être une réponse à ces crises politique, sociale et écologique.

    L’augmentation de la taxe sur les carburants n’a fait que révéler une crise d’inégalités criantes auxquelles les gouvernements successifs n’ont pas su répondre. Cette violence invisible est pourtant bien réelle: 13,9% de la population française vit sous le seuil de pauvreté. Le taux de chômage s’élève à 9,2% de la population active, dont 44% sont des chômeur·ses de longue durée. Les pauvres sont de plus en plus pauvres et les richesses sont concentrées entre les mains des 1% les plus riches.

    Comme le montre le mouvement des gilets jaunes, il est nécessaire de répondre à l’urgence climatique en considérant la dimension sociale. Le système actuel, en offrant comme horizon collectif la croissance économique et l’accomplissement individuel par l’emploi, ne parvient pas à concilier protection des individus et celle de l’environnement.

    L’écologie est une nécessité. La surproduction et la concentration des richesses au nom d’un idéal imaginaire de croissance illimitée dans un monde fini ne peut se faire qu’au détriment d’une majeure partie de la population. La suppression des services publics de proximité ou la métropolisation qui concentre les richesses dans les grandes villes, ont contribué à la fracture territoriale et sociale, favorisant un précariat grandissant.

    Fin du monde, fin de mois

    Pour que la transition écologique ne soit pas perçue comme une nouvelle mesure d’austérité, elle doit être accompagnée par des mesures à la hauteur de l’enjeu social. Notre système fiscal peut être rendu plus juste avec la mise en place d’un impôt plus progressif, le retour de l’ISF, une véritable taxe sur les transactions financières, la lutte contre l’évasion fiscale ou la taxation des Gafa. Ces politiques ambitieuses pourraient permettre de financer un revenu de base ou de l’expérimenter. Versé à chaque individu de la naissance à la mort sans aucune condition, le revenu universel représente une réponse concrète aux revendications des gilets jaunes.

    Localement, un revenu de base permettra de lutter contre la pauvreté, de retisser du lien social et de revitaliser l’économie des territoires. La redynamisation du tissu productif local incitera la réimplantation de services publics de proximité et donc le désengorgement de certaines grandes villes, pour des territoires de vie plus résilients.

    Notre système de représentation se porte mal, pour preuve le taux d’abstention de plus en plus important à chaque élection. Cet éloignement croissant entre élu·es et citoyen·nes a généré un climat d’incompréhension et de colère. Des citoyen·nes français·es s’engagent dans la contestation politique. Réjouissons-nous et donnons leur les moyens de penser l’organisation d’un gouvernement par le peuple, pour le peuple.

    La sécurité économique est un préalable à l’exercice de ses droits et l’implication dans la vie politique. Le rythme métro-boulot-dodo, les épreuves de guichets pour espérer accéder aux aides de l’Etat et la peur du lendemain ne permettent pas cette liberté censée être le fondement de notre République. L’assurance d’un revenu permet un soulagement psychologique et ainsi, une diminution possible de nombreuses pathologies sanitaires. Le revenu de base, puisqu’il assure une autonomie matérielle et un meilleur contrôle de son temps, facilite ainsi l’exercice de la citoyenneté.

    L’expérimentation d’un revenu de base en Inde est éclairante : un projet-pilote mené de 2011 à 2012 dans huit villages du Madhya Pradesh, porté par le syndicat de travailleuses Self Employed Women’s Association et l’Unicef, a démontré une hausse notable de la participation à la vie politique locale, en particulier chez les femmes.

    De l’égalité sociale à la liberté individuelle

    La détresse d’une trop grande partie de la population ne peut être ignorée. Notre système basé sur le salariat et la compétitivité ignore le chômage de masse, le travail précaire et la souffrance au travail. Le revenu de base vise à replacer l’économie au service de l’humain et de l’environnement, il nous permettra d’arrêter de perdre notre vie à essayer de la gagner.

    Les dernières annonces du gouvernement ne remettent en cause ni la répartition de la richesse entre travail et capital, ni les inégalités criantes de revenus et de patrimoine. Aucune demande de solidarité n’est formulée vers les plus fortunés.

    Comme lors de la mise en place de la Sécurité sociale, ayons le courage d’envisager des mesures radicales et novatrices, fondées sur une solidarité réelle, comme le précise la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 : «Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, les soins médicaux, le logement ainsi que pour les services sociaux nécessaires.»

    Nous appelons les gilets jaunes et l’ensemble des citoyen·nes à débattre du revenu de base pour construire démocratiquement les bases d’une société socialement plus juste et écologiquement soutenable.

    le Mouvement français pour un revenu de base (MFRB)
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  • Photo de José Bové - Tous Cobayes? : photo José Bové ...

     

    Facebook, arbitre des élections européennes ?

    Par José Bové, Eurodéputé vert — 13 décembre 2018 à 17:36
      Photo Lionel Bonaventure. AFP

    Plus vous dépensez d’argent, plus le public que vous touchez est large. Une nouvelle forme de propagande, ciblée, se met en place. Les pays de l’UE doivent modifier leur code électoral pour interdire l’utilisation payante des réseaux sociaux par les partis politiques.

    Tribune. Facebook a eu un rôle indéniable dans la victoire surprenante de Donald Trump en novembre 2016. La question n’est plus de savoir s’ils l’ont fait, mais de savoir s’ils l’ont fait avec l’accord de Donald Trump et de son entourage. Il appartient maintenant à la justice américaine d’éclaircir les nombreuses zones d’ombre, en particulier la manière dont les services russes ont utilisé ces nouvelles technologies pour influencer les électeurs. La puissance et l’impossibilité actuelle de contrôler Facebook sont reconnues par son propre créateur, Mark Zuckerberg. En avril, il déclarait devant le Congrès des Etats-Unis : «Il est clair maintenant que nous n’avons pas fait assez pour empêcher que ces outils soient utilisés pour faire du mal. Cela vaut pour les fake news, l’ingérence de puissances étrangères dans les élections, les discours de haine, ainsi que pour la protection des données personnelles. C’était une erreur, et j’en suis désolé.» Le 22 mai, M. Zuckerberg lisait la même déclaration aux présidents des groupes du Parlement européen.

    En mars 2019, juste avant le début de la campagne pour les élections européennes, les tensions seront à leur paroxysme. Le débat fera rage sur la sortie du Royaume-Uni qui se fera avec ou sans accord. La livre sterling et l’euro seront dans une zone de turbulences aux conséquences imprévisibles.

    Toutes les puissances de la planète, des Etats-Unis en passant par la Russie, la Chine et la Turquie, pourront, grâce à ces réseaux sociaux, peser sur le débat démocratique européen. Peut-on imaginer une seule seconde que Trump, Poutine, Erdogan et les autres vont résister à la tentation de souffler sur les braises de nos divergences ? De même, les lobbys ou les puissances financières privées peuvent faire artificiellement augmenter leur audience et influencer les utilisateurs du réseau social.

    Aujourd’hui, comme la plupart des femmes et les hommes politiques, j’ai une page Facebook. Cependant, je ne paye pas pour mettre en avant mes publications. Certains mettent la main au porte-monnaie pour augmenter la diffusion de leurs articles ou pour cibler au plus près les utilisateurs de ce réseau, dont ils espèrent le vote en mai 2019. Ils utilisent les données personnelles des utilisateurs à leur insu pour que vienne s’inscrire sur leur mur des publications politiques «sponsorisées». J’entends : «Aujourd’hui, si je ne suis pas présent sur Facebook, je n’existe pas, je ne suis pas visible. L’outil est là, je n’ai pas d’autre choix que de l’utiliser, je suis obligé de l’utiliser.» Je comprends leur désarroi et leur fébrilité, mais cet argument ne tient pas la route. Le fonctionnement de Facebook est simple : plus vous dépensez d’argent et plus le public que vous atteignez est large. Pour 10 euros, la publication touche 30 000 personnes, pour 100 euros, ce sont 300 000 personnes. Celui qui a le plus gros portefeuille a toutes les chances de son côté. Une nouvelle forme de propagande, ciblée, opaque, difficile à tracer et à contrôler, se met en place. A ce jeu, je ne connais qu’une personne assurée de gagner à tous les coups, Zuckerberg, le patron de Facebook, qui a engrangé 16 milliards de dollars de bénéfices en 2017, dont 98 % sont liés à ses activités principales, la publicité et la propagande.

    La Commission européenne et les Etats membres doivent modifier leur code électoral dans l’urgence pour interdire l’utilisation payante des réseaux sociaux par les partis politiques et par les candidats, et mettre en place les outils pour contrôler les infractions. Avant d’être des utilisateurs de réseaux sociaux, nous sommes des citoyens. Si l’on n’y prend pas garde, la démocratie s’étiole un peu plus chaque jour. Nous ne pouvons pas accepter que Facebook soit l’arbitre de nos débats. Agissons avant qu’il ne soit trop tard.

    José Bové Eurodéputé vert
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