• Procès France Télécom : quand la direction exhortait ses cadres à « réussir les 22 000 départs »

    L’ex-PDG de l’entreprise, Didier Lombard, jugé pour « harcèlement moral », dix ans après une vague de suicides de salariés, s’est exprimé à la barre, lundi.

    Par Pascale Robert-Diard  Publié aujourd’hui à 06h41, mis à jour à 11h18

      

    Didier Lombard au procès France Télécom, le 7 mai.Didier Lombard au procès France Télécom, le 7 mai. ERWAN FAGES POUR "LE MONDE"

    Pour la direction de France Télécom, le millier de cadres réunis le 20 octobre 2006 à la Maison de la chimie, à Paris, étaient des « gens précieux ». « Des chefs de centre, ceux qui tiennent la maison », dit d’eux, l’ancien PDG de l’entreprise Didier Lombard. Il ajoute : « Ils avaient un autre atout, ils étaient très directs. »

    Ce jour-là, donc, la hiérarchie au grand complet est venue assister à la convention de l’Association des cadres supérieurs et dirigeants de France Télécom (ACSED) : Didier Lombard, Louis-Pierre Wenes, son directeur exécutif France, et Olivier Barberot, le directeur groupe des ressources humaines (RH). Le plan Next, qui doit « faire basculer l’entreprise dans le nouveau siècle », et son volet social Act ont été lancés un an plus tôt. Depuis février, le chiffre de « 22 000 départs naturels » en trois ans a été annoncé aux marchés financiers. Mais les résultats tardent. Il y a urgence, il faut accélérer.

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    Assis sur le banc des prévenus devant le tribunal correctionnel de Paris qui les juge pour « harcèlement moral », les trois anciens dirigeants voient le texte de leurs interventions s’afficher sur le grand écran de la salle d’audience. Dans leurs versions intégrales et non pas dans leurs « versions Marguerite », du nom de la secrétaire générale de l’association qui avait pris sur elle d’édulcorer certains passages qu’elle trouvait « trop durs » avant de mettre en ligne les discours sur le site de l’ACSED.

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    « Par la fenêtre ou par la porte »

    La présidente, Cécile Louis-Loyant, surligne en jaune certains passages. Didier Lombard : « La maison est une mère poule qui récupère les gens, y compris en créant des emplois artificiels là où il n’y en a pas besoin. » « La maison ne survivra pas si les agents ne veulent pas aller face aux clients. » « Il faut bien se dire qu’on ne peut plus protéger tout le monde. En 2007, je ferai les départs d’une façon ou d’une autre. Par la fenêtre ou par la porte. »

    Louis-Pierre Wenes : « Il faut faire vite, faire vite, faire vite. Penser en permanence comment je peux faire pour faire plus vite. » « Si je suis brutal, je peux dire que je peux supprimer 3 000 postes et que ça ne se verrait pas. » Olivier Barberot : « On va faire un crash programme pour accélérer Act. Donc, on ne va plus être dans un discours basé sur un volontariat un peu mou, on va être beaucoup plus systématique. C’est la logique business qui domine. » « Changer d’univers professionnel, c’est un peu comme la gymnastique. Quand on ne l’a pas fait avant 40 ans, c’est plus difficile de s’y mettre. »

     
     

     

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  • Quel sera l'impact du retrait de Google pour les utilisateurs de smartphones Huawei ?

    Par Marlène Thomas — 20 mai 2019 à 14:57
    Le 8 janvier à Las Vegas, lors du salon américain de la high-tech.Le 8 janvier à Las Vegas, lors du salon américain de la high-tech. Photo David Becker. AFP

    Google, dont le système mobile Android équipe l'immense majorité des smartphones dans le monde, a indiqué dimanche commencer à suspendre ses relations avec le chinois Huawei, qui fait partie des entreprises jugées «à risque» par Washington. Une source d'inquiétude pour les nombreux détenteurs de Huawei.

    La nouvelle inquiète les nombreux détenteurs de smartphones Huawei. L’agence Reuters a révélé ce dimanche que Google suspendait ses services auprès de l’entreprise chinoise. Au cœur des inquiétudes ? La remise en cause de l’utilisation du système d’exploitation Android, produit par Google, qui fait tourner la majorité des smartphones du monde entier.

    Cette annonce du géant américain répond à une décision de Donald Trump. Suspecté d’espionnage pour le compte de la Chine, Huawei a été placé mercredi par le ministère américain du Commerce sur une liste d’entreprises suspectes auprès desquelles les sociétés américaines ne pourront commercer qu’avec l’aval des autorités. En rajoutant une couche, Donald Trump a interdit cette semaine aux groupes américains de commercer dans les télécommunications auprès de sociétés étrangères jugées dangereuses pour la sécurité nationale comme Huawei (et Honor). Cela comprend le partage de technologies. «Nous nous plions à ce décret et examinons ses implications», a indiqué le porte-parole de Google à Reuters.

    Qu’est-ce que Huawei ne peut plus utiliser ?

    La décision de Google affectant directement la diffusion du système d’exploitation Android, les conséquences risquent d’être importantes. Google travaille en étroite collaboration avec les fabricants de smartphones pour qu’Android soit compatible avec leurs produits. Et désormais le lien est rompu. Les transferts des technologies Google étant stoppés, plus aucun smartphone Huawei ne pourra être mis en vente avec les services Google pré-embarqués comme les très populaires applications Google Playstore, Gmail, Youtube ou le navigateur Chrome. Le commerce entre les deux entreprises ayant une ampleur internationale, les clients du monde entier devraient faire les frais de cette rupture.

    «Huawei ne pourra utiliser que la version publique d’Android et ne pourra pas accéder aux applications et services propriétés de Google», a déclaré le porte-parole de Google à Reuters. La nuance est là. Huawei pourra toutefois toujours utiliser la version open source d’Android (AOSP – Android open source project), disponible gratuitement pour tous ceux qui le souhaitent. Une version «allégée» qui ne comprend pas les services Google, qui nécessitent eux un accord commercial. C’est au fabricant, donc Huawei, d’adapter le code source à ses appareils. Il serait toutefois étonnant que le téléchargement de ces applications, ô combien populaires, soient rendus impossibles par cette directive. Le détail des services affectés par la suspension fait encore l’objet de discussions internes chez Google, selon Reuters. Les avocats de Huawei étudient également l’impact de leur placement sur «liste noire», a annoncé un porte-parole de la marque.

    D’après un article de Bloomberg, Intel, Qualcomm, Xilinx et Broadcom, quatre constructeurs américains de puces et processeurs, ont eux aussi coupé les ponts avec le géant chinois en application de la directive américaine. Ils ont précisé qu’ils ne fourniraient plus Huawei en logiciels et composants «jusqu’à nouvel ordre». Un autre coup dur pour la marque.

    Cela concerne-t-il les smartphones déjà en circulation ?

    Les actuels détenteurs de Huawei peuvent souffler. L’entreprise de Moutain View a confirmé à l’agence de presse que les smartphones déjà en circulation conserveraient les services Google. Ils pourront aussi toujours continuer à mettre à jour ces applications. Les conséquences ne devraient se faire ressentir que dans plusieurs mois, les accords commerciaux en vigueur devant être respectés. Concernant toutefois les mises à jour du système d’exploitation en lui-même, généralement gérées par les fabricants de téléphones, rien n’est moins sûr. La directive pourrait aussi affecter ce pan-là, a précisé Google à Reuters. Ce que Huawei a démenti dans une déclaration officielle de sa filiale allemande publiée ce lundi matin sur le site WinFuture et relayée par le site spécialisé Fr Android : «Huawei continuera à proposer des mises à jour de sécurité et de services pour tous les smartphones et tablettes Huawei existants. Cela comprend les appareils déjà vendus et stockés partout dans le monde.»

    Un plan B pour Huawei ?

    La possibilité que le ministère américain du Commerce revienne sur sa décision afin qu’elle «n’implique pas les contrats en cours» n’est pas totalement exclue, d’après les informations de Reuters. Un changement de cap qui serait en contradiction avec le mouvement entamé par les entreprises américaines.

    Si la directive reste telle qu’elle, Huawei avait de son côté préparé un plan B. Sentant sans doute le vent tourner, le géant chinois a passé les dernières années à développer son propre système d’exploitation, au cas où ils ne pourraient plus utiliser Android. Une partie de cette technologie est déjà utilisée dans des smartphones vendus en Chine, avait déclaré la marque. «Huawei a contribué fortement au développement et à la croissance d’Android dans le monde et en tant que partenaire mondial d’Android, nous travaillons étroitement avec sa plateforme open source pour développer un écosystème qui profite à la fois aux utilisateurs et à l’industrie», ont-ils précisé dans leur communiqué de ce lundi.

    Marlène Thomas
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  • Européennes : pourquoi ai-je reçu un coup de fil de Mélenchon ?

    Par Fabien Leboucq 20 mai 2019 à 18:33
    Jean-Luc Mélenchon, le 14 mai 2018, à l'Assemblée nationale.Jean-Luc Mélenchon, le 14 mai 2018, à l'Assemblée nationale. Photo Marc Chaumeil pour Libéra

    L'appel automatisé est une pratique courante lors des campagnes électorales. Dans le cadre de celle des européennes, La France insoumise a d'ailleurs recours au même prestataire qu'Emmanuel Macron en 2017.

    Question posée par Garbarz le 20/05/2019

    Bonjour,

    «Ma demande de clarification concerne un appel enregistré que j’ai reçu sur ma ligne téléphonique, la semaine dernière, écrivez-vous dans votre sollicitation que nous avons raccourcie. Voix reconnaissable de Jean-Luc Mélenchon, et se présentant comme tel "Ici Jean-Luc Mélenchon". Si l’on souhaite entendre ce qu’il aurait à nous dire, il faut appuyer sur une touche. Ne sachant pas si c’était une arnaque, d’autant qu’aucune information relative au coût de l’appel en cas d’utilisation de la touche indiquée n’a été mentionnée, j’ai raccroché. Le procédé personnalisé interroge, si cela vient bien de la campagne du mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Merci d’avance si vous pouvez répondre.»

    Vous n’êtes pas la première à recevoir un appel enregistré de Jean-Luc Mélenchon. «Plusieurs lecteurs» d’un site d’informations héraultais auraient «dernièrement reçu des appels préenregistrés» de la part du patron de La France insoumise. Sur Twitter, des internautes font aussi état d’un appel. Enfin, la tête de la liste du Parti pirate aux élections européennes, Florie Marie, écrivait dès le 15 mai sur le réseau social : «Je viens de recevoir un appel (automatique) de Jean-Luc Mélenchon sur mon téléphone fixe (liste rouge) appelant à voter pour Manon Aubry. J’aimerais savoir où ils ont eu mon numéro.»

    Florie Marie #VotePirate@Florielvm
     
     

    Moi là je viens de recevoir un appel (automatique) de @JLMelenchon sur mon téléphone fixe (liste rouge) appelant à voter pour Manon Aubry.
    J'aimerais savoir où ils ont eu mon numéro, ça m'intéresse.

     
    58 personnes parlent à ce sujet
     
     

    En réponse à ce message, sur Twitter, une élue du Mans affirme qu’une connaissance «a reçu [un appel enregistré] pour voter LREM aussi». Nous n’avons pas pu recouper ce témoignage rapporté. De son côté, La République en marche assure à CheckNews ne pas recourir à des appels enregistrés dans cette campagne.

    CheckNews a pu écouter le message du chef de file de LFI (nous l’avons retranscrit en intégralité ici). En décrochant, la personne appelée entend ceci : «Bonjour, c’est Jean-Luc Mélenchon. Dimanche 26 mai a lieu l’élection européenne, il y a qu’un tour. La France insoumise présente une liste conduite par Manon Aubry. C’est pourquoi je veux vous en parler personnellement. Mon message dure seulement une minute [sic]. Pour l’entendre, il vous suffit de taper "1" sur votre téléphone.»

    En pressant sur la touche 1, la personne appelée tombe sur un autre message, plus long, où Jean-Luc Mélenchon déroule une partie du programme de La France insoumise. Il appelle à «punir» la politique de Macron, qui «privilégie les riches»et à voter pour Manon Aubry, «contre la corruption des lobbys» et «pour la paix».

    Données supprimées «dans un délai maximal de deux mois»

    Après le soliloque de Jean-Luc Mélenchon, la personne appelée peut écouter les mentions légales (nous les avons également retranscrites ici) en tapant sur la touche 9. On y apprend que le service d’appel préenregistré est sous-traité par La France insoumise à la société Selfcontact. «Ce traitement a pour finalité la communication d’informations ou de sollicitations à caractère politique par automate d’appel, à partir de fichiers extérieurs mis à sa disposition par des partenaires de Selfcontact ou à partir de listes de numéros de téléphone accessibles, égrène une voix féminine. Ces données n’ont été utilisées que pour faire parvenir ce message, et seront supprimées dans un délai maximal de deux mois. Les destinataires de vos données sont les candidats de la liste France insoumise pour les élections européennes de 2019 menée par Manon Aubry et Selfcontact.»

    VOUS NOUS AVEZ AUSSI DEMANDÉ :«Est-ce que LREM paye une entreprise privée pour distribuer des tracts pour les européennes ?»

    En toute fin de message sont données une adresse postale (appartenant à La France insoumise) et une adresse mail (appartenant à Selfcontact) pour exercer «un droit d’accès, de rectification, d’opposition et de suppression de vos données».

    Selfcontact est une société spécialisée dans la distribution de messages préenregistrés, apprend-on sur le site de la société. C’est surtout la même société qu’avait sollicitée En marche pour passer 6 millions d’appels diffusant la voix d’Emmanuel Macron quelques jours avant la présidentielle de 2017.

    Le message enregistré de celui qui deviendrait président avait fait réagir Mélenchon quelques mois plus tard : «Les campagnes électorales sont souvent, et avec les meilleures intentions du monde, remplies de bobards et de rumeurs. Par exemple le président de la République actuel a passé plus de 6 millions de coups de téléphone dans les trois derniers jours de la campagne, pour affirmer qu’il était la personne qu’il fallait pour ce pays. […] et on peut considérer que ces affirmations sur le sujet sont des affabulations.»

    «Rappel des règles»

    Contactés, ni La France insoumise, ni Selfcontact n’ont pour l’heure répondu à nos questions concernant le montant du contrat, la quantité d’appels passés, ou la manière exacte dont les numéros avaient été récupérés. Florie Marie explique à CheckNews être en liste rouge et que seuls de rares proches ont le numéro sur lequel Jean-Luc Mélenchon l’a «appelée» ; le journaliste de Libé qui a reçu cet appel s’en étonne également, puisque son numéro est inscrit sur Bloctel, un service de blocage du démarchage téléphonique.

    Dans une fiche consacrée à la «communication politique par téléphone», la Commission nationale informatique et des libertés (Cnil) écrit, à propos de l’utilisation d’automates d’appel par les partis politiques : «En cas de collecte indirecte de coordonnées via la location d’une base de données par exemple, il conviendrait de recueillir expressément ce consentement avant toute communication politique. La possibilité et les modalités prévues pour s’opposer à la réception de tels messages téléphoniques doivent vous être précisées dès le début du message.» En l’occurrence, il ne semble pas que Selfcontact et LFI aient recueilli un consentement. Et les modalités d’opposition ne sont énoncées qu’à la fin du message de Mélenchon.

    La Cnil annonce à CheckNews avoir reçu une «dizaine de signalements sur des automates d’appel concernant LFI» dans le cadre de la campagne des européennes. Sans faire mention d’autres partis. Une technique «déjà constatée lors de précédentes échéances électorales», rappelle la Commission, qui précise qu’elle n’a pas donné lieu à des sanctions mais à un «rappel des règles». Il en allait de même après les 6 millions d’appels du candidat Macron en 2017, puisque la Cnil s’était contentée d’un rappel aux «bonnes pratiques».

    Fabien Leboucq
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