• L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail a publié le 14 mai 2019, son rapport sur les risques sanitaires de la lumière naturelle du soleil et des écrans à LED. « La lumière bleue, c'est la couleur la plus phototoxique pour l'œil. Elle va engendrer un tas de processus photochimiques qui vont engluer la rétine. (...) Si l'on s'y expose la nuit, ça décale l'heure du coucher et ça altère la qualité du sommeil. Mal dormir, ça a des effets sur le long terme. (...) Le principal danger n'est pas lié à l'intensité de la lumière, mais à l'heure à laquelle on y est exposé  » (Dina Attia). 

    Une source de lumière peut être naturelle : le soleil, les étoiles, ou artificielle, c'est à dire avoir été conçue par l'homme pour émettre de la lumière : flamme d'une bougie, filament d'une ampoule, LED, etc. Un objet qui n'est pas source éclairante par lui même ne peut pas être vu en l'absence totale de lumière, mais dès qu'il est éclairé, il diffuse une partie de la lumière qu'il reçoit et se comporte alors comme une source de lumière secondaire. La lumière ne se propage pas instantanément entre la source et le récepteur, elle voyage à 300 000 km/seconde (célérité), la lumière met environ 8 minutes pour nous parvenir du soleil et plusieurs années pour venir des étoiles les plus proches (années lumières).

    Dans un milieu transparent et homogène, la lumière s'y propage en ligne droite et tout objet placé dans son faisceau lumineux constitue un obstacle. Un objet est dit opaque lorsqu'aucune lumière ne peut le traverser, translucide lorsque la lumière qui le traverse est déviée n'importe comment (verre dépoli, papier calque), et transparent lorsque la lumière qui le traverse est déviée de manière régulière (vitre, eau). Lorsqu'un rayon lumineux passe obliquement d'un milieu transparent dans un autre, il subit un changement de direction ; la réfraction résulte du fait que la lumière ne se propage à la même vitesse dans tous les milieux transparents (223 000 km/s dans l'eau, 197 531 km/s dans le verre). Plus l'indice de réfraction est grand, plus la vitesse de la lumière dans ce milieu est faible. L'indice ne peut être inférieur à l'unité, il vaut 1,33 pour l'eau, 1,5 pour le verre « Flint » (300 000/197 531), et 2,4 pour le diamant.

    Au mois de mai 2016, une question a taraudé quelques esprits scientifiques, la robe présentée par la marque Roman Originals était-elle bleue et noire, ou blanche et or ? tout le monde ne la percevait pas de la même couleur ! Un chercheur du MIT avança que les personnes ayant vu des rayures blanches et or (30 %) étaient plus sensibles à la lumière du soleil, et que celles qui les avaient aperçue bleue et noire (57 %) étaient influencées la lumière artificielle. « Cette différence proviendrait d'une stratégie que notre cerveau met au point pour définir les couleurs, et comme les modèles cérébraux diffèrent, les perceptions aussi. (...) Les personnes qui ont tendance à rester éveillées tard sont habituées à la lumière artificielle alors que celles qui vivent au rythme du soleil ne verront pas le spectre rouge de celle-ci. L'âge et le sexe sont aussi déterminants, les personnes âgées et les femmes participant à l'étude ont principalement vu la robe de couleur blanche et or ». Les chercheurs qui ont recréé les conditions de la prise de vue ont découvert que la robe était exposée à la lumière naturelle du soleil par la fenêtre de droite, mais qu'elle était également éclairée par la lumière artificielle du magasin !

    La lumière que l'on perçoit blanche est fait composée de plusieurs couleurs dont la somme donne le blanc, et leur absence totale le noir. L'atmosphère n'est pas un milieu parfaitement transparent, elle se comporte comme un filtre sélectif qui laisse passer certaines longueurs d'onde et moins bien d'autres. Newton a démontré que toutes les couleurs monochromatiques composant le faisceau de lumière blanche atteignant un prisme étaient séparées par réfraction et déviées dans des directions différentes pour former le spectre des couleurs de l'arc-en-ciel s'étalant de 390 nanomètres (1 nm = 1.10-9m) à 780 nm (bande de longueur d'onde d'une octave), dont les tons extrêmes correspondent aux infrarouges et aux ultraviolets (invisibles). Le classement des gammes de couleurs : rouge 780-622 nm - orange 622-597 - jaune 597-577 - vert 577-492 - bleu 492-455 - violet 455-390 n'est qu'une convention, car les couleurs du spectre se chevauchent mutuellement. L'indice de réfraction N est d'autant plus élevé que la longueur d'onde (λ) est petite : n= 1,56 pour le violet et 1,52 pour le rouge, (en approximation N 1/λ2). Le rayon émergent violet est donc plus dévié que le rouge puisque l'indice qui lui correspond est un peu plus élevé. L'aberration chromatique des objectifs résulte de ce phénomène et explique le déplacement de la mise au point en lumière IR.

    En mélangeant trois faisceaux lumineux émettant chacun une couleur dite primaire : bleu (445 nm), vert (555 nm), rouge (650 nm), on obtient le blanc (principe de la synthèse additive que l'on retrouve à la base de tous nos écrans), et lorsqu'on en retranche une couleur primaire, la combinaison des deux autres donne une couleur complémentaire, le vert + rouge = jaune, bleu + rouge = magenta, et vert + bleu = cyan. Si les couleurs secondaires sont à leur tour combinées, elles restituent les couleurs primaires. Une couleur est dite saturée quand elle ne contient pas de lumière blanche et monochromatique qu'une seule couleur (laser). Pour mémoire, l'imprimeur utilise la synthèse soustractive, le mélange des trois couleurs : magenta, cyan et jaune assombrit la couleur jusqu'à donner le noir (trichromie). Le procédé en quadrichromie consiste à ajouter le noir pour gagner en intensité, en netteté et améliorer le contraste.

    La lumière visible a une double nature, elle est une onde électromagnétique comprenant des corps corpusculaires (photons) capables de produire des vibrations situés dans une plage de fréquence de 769 térahertz (violet) à 384 THz (rouge). L'énergie de l'onde est proportionnelle à sa fréquence, plus l'onde vibre rapidement, moins grande est la distance parcourue en une période (T=1/fré) d'où une plus grande énergie (E en joules est égale à la constante de Plank fois la fréquence). L'œil humain est un récepteur sélectif, à énergie égale, toutes les les radiations lumineuses ne produisent pas la même sensation. En vision diurne, le maximum de sensibilité se situe dans la bande jaune-verte (555 nm), et en vision nocturne vers le bleu (513 nm). Si le jour l'œil perçoit les couleurs comprises entre 380 et 780 nm, en vision nocturne cette bande se réduit à la partie 400 à 600 nm et le seuil d'éblouissement se situe vers 105 lux.

    Parler de sensations colorées serait plus exact que de couleurs. La neige nous apparaît blanche parce qu'elle réfléchit la lumière blanche qui l'atteint avec une force égale dans toutes les gammes spectrales. Si l'on perçoit le feuillage d'un arbre, vert, c'est parce que ses feuilles réfléchissent les radiations vertes qui l'illuminent et qu'elles en absorbent les autres en proportions variables sous formes de nuances, ce qui nous permet de différencier le vert sapin, d'un vert forêt. La rétine réagit aux impulsions lumineuses transmises aux cellules sensibles et au cerveau via le nerf optique. Les cellules sont de deux types. Six millions cônes sont sensibles aux couleurs, comme l'œil peut distinguer entre deux lumières monochromatiques un écart de de 2 nanomètres, il peut donc distinguer jusqu'à 300 couleurs ; les 100 millions de bâtonnets sont en plus forte concentration dans une zone en forme de couronne entourant la fovéa, et renferment une substance photosensible (le pourpre rétinien) qui réagit uniquement aux variations d'intensités lumineuses. Les bâtonnets distinguent les zones plus ou moins contrastées et perçoivent seulement les cercles de luminosité des couleurs.

    La couleur n'existe que par la lumière. Si l'intensité lumineuse varie selon le moment de la journée ou de la source de lumineuse (naturelle, artificielle), la feuille nous paraîtra plus claire en plein soleil ou plus foncée sous une lumière faible. Le rapport des brillances extrêmes représente l'intervalle compris entre la plage la plus lumineuse et la plage la plus sombre. Si cet intervalle peut atteindre 1/500 en contre-jour, le contraste moyen est d'environ 1/50, la partie sombre réfléchit donc 50 fois moins de lumière que la partie la plus claire.

    La quantité totale de lumière émise par une source lumineuse correspond à son flux lumineux mesuré en lumens (lm) et à son intensité lumineuse en lux (lx). Si une bougie allumée nous semble lumineuse dans l'obscurité, il faut en regarder la flamme attentivement en plein jour pour la percevoir. L'intensité lumineuse est proportionnelle au flux lumineux, elle indique combien de lumens tombent verticalement sur une surface par mètre carré. Si un projecteur émet un flux lumineux de 4 000 lumens sur un écran de 2 m2, l'intensité lumineuse sera de 2 000 lux, si on éloigne l'écran de façon à doubler la surface éclairée, l'intensité lumineuse tombera à 1 000 lux. Si la valeur de l'intensité lumineuse produite par le soleil à son zénith est d'environ 100 000 lx, elle sera de 10 000 lx à l'ombre, et tombera à 0.2 lx au clair de lune. Le flux lumineux en lumens permet d’évaluer l’efficacité ou le rendement d'une source. Une ampoule à incandescence produit environ 15 lumens par watt, tandis que les LEDs dépassent les 100 lumens par watt (1 lm = 0.193 cd/m²), elles consomment donc cinq fois moins d’électricité (le watt reste l'unité de mesure de la puissance électrique).

    Toutes les lumières qui produisent la sensation de blanc n'ont pas obligatoirement la même composition, le spectre de l'arc électrique est beaucoup plus riche en bleu-violet et ultraviolet que celui de la lumière solaire, tandis qu'il est moins riche en jaune et en vert. Quand la lumière passe à travers un gaz, certaines longueurs d'ondes sont absorbées et sa décomposition être étudiée à l'aide d'un réseau ; un film transparent sur lequel des traits parallèles équidistants sont gravés (800 traits par millimètre). L'observation du spectre d'un néon, par exemple, ne montre plus un spectre continu, mais une succession de raies séparées par des plages noires. La lumière émise ne contient pas toutes les couleurs, mais seulement celles dont on peut voir les raies dans le spectre.

    Tout corps porté à une température supérieure au zéro absolu (-273° C, température de l'azote liquide) rayonne sur une longueur d'onde d'autant plus courte que la chaleur est élevée. La Tc permet de caractériser la nuance de blanc (chaud de 2840-3460° K, neutre 4170° K, froid 5030-6510° K) en faisant référence au rayonnement d'un corps noir (il n'émet de lumière que par incandescence et non par réflexion). Lorsqu'on chauffe un corps noir, il commence par rougir vers 500° C, puis jaunir et blanchir vers 10 000°, au-delà, sa teinte et sa luminosité ne sont plus visibles par l'œil humain. Dire que la lumière du jour est de 5 500° K, signifie que la lumière du soleil a la même couleur qu'un objet noir placé dans un four porté à 5 500° K - 273° C, soit 5 227° C. Cela explique qu'un cliché pris à midi présente une dominante bleue tandis que pris le soir il présentera une dominante rougeâtre. Lorsque le soleil est bas sur l'horizon, il présente une température d'environ 2 000° K, au levant ou couchant 3 000° K, au milieu de la journée 5 500° K, par ciel couvert 7 000 à 9 000° K, et un ciel polaire 10 000 à 20 000° K.

    La notion de température de couleur concerne également les sources de lumières artificielles : bougie 1500° K, ampoule à incandescence 2 000° K, tube fluo 4 500° K. Les photographes qui utilisaient un film argentique étalonné pour la lumière du jour et qui photographiaient sous une autre source lumineuse, se devaient de placer un filtre coloré approprié devant l'objectif pour décaler la longueur d'onde et ainsi compenser l'écart de température. Un filtre ne peut qu'absorber de la lumière et non en créer, les filtres sont donc plus actifs sur les rayonnement de température élevée. Un filtre est dit positif quand il diminue la Tc, et négatif quand il la renforce. Un filtre jaune par exemple, absorbe le bleu et abaisse la Tc, tandis qu'un filtre bleu l'élève en absorbant du rouge et du jaune (avec les appareils numériques, il suffit de faire la balance des blancs ou de sélectionner dans le menu la nature de la source utilisée).

    La diminution de l'intensité lumineuse et son spectre en automne et en hiver seraient la conséquence d'une baisse de la vitalité, de troubles du sommeil, de stress, de dépressions saisonnières. La lumière bleue de nos Smartphones, téléviseurs et tablettes qui présente la fréquence la plus courte et la plus haute énergie, serait à l'origine de : perturbations du cycle circadien (jour/nuit) - fatigue visuelle - maux de tête - risques accrus des cancers (seins et prostate) - cardiaques - de diabète - d'accroître la cataracte et le risque de dégénérescence maculaire ! On considère que la lumière inférieure à 455 nm (bleu-violet) devient nocive après une exposition d'une trentaine de minutes. L'Anses « invite le consommateur à choisir des éclairages peu riches en bleu avec des températures de couleur inférieures à 3 000 kelvins. (...) Concernant les écrans, l'idéal serait de s'en écarter"deux heures avant le coucher ». Pour continuer à lire Agoravox dans les meilleures conditions, le logiciel, F.lux (gratuit) vous permettra de filtrer la lumière bleue de votre écran d'ordinateur et ainsi d'améliorer votre confort visuel.

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    Dans les couloirs de l'hôpital, les patients sur les brancards 

    ILLUSTRATION ARCHIVES SALINIER QUENTIN

    Depuis un mois, le service des urgences de l’hôpital Saint-André (CHU de Bordeaux), situé en plein cœur du centre-ville vit une situation archi tendue. La grève entamée mi-mai se corse. Ce mardi, un tract diffusé par la CGT signalait que la moitié de l’effectif des soignants des urgences était en arrêt maladie.

    Le sous-effectif quasi quotidien supporté par les équipes dénoncé depuis des années, est arrivé à un niveau paroxystique. Selon la CGT : "L’effectif minimum n’étant que rarement atteint malgré les assignations, la direction pallie le problème par le recours à des professionnels extérieurs, non habitués aux spécificités du service."

     

    Ce mercredi, en raison du nombre de soignants en arrêt maladie, le service Unité Hospitalisation Urgences qui compte 15 lits, a été fermé. "Une fermeture qui risque de durer, assure une infirmière du service. Ce mercredi, une dizaine de personnes était en arrêt maladie, trois de plus sont portées pâle ce jeudi matin. Il ne s’agit pas d’arrêts maladies de complaisance. Nous avons accumulé trop de boulots, de pressions en tous genres. Il y a des accidents du travail, des soignants qui se blessent, des burn-out syndromes d’épuisement. La situation est devenue intenable, les soignants qui arrivent des étages pour remplacer les absents chez nous, ne sont pas formés."

    Une attente plus longue

    Pour les patients qui débarquent aux urgences de Saint-André, l’attente est encore plus longue que d’habitude. "Au cours des dernières nuits, nous avons fait jusqu’à 36 entrées, alors que la moyenne tourne autour de 15 d’habitude. Plus de patients, moins de soignants. Des équipes à bout de nerfs, de fatigue. Les arrêts maladies ne sont pas un mode d’action pour obliger la direction à plier. On n’en est plus là. On est au-delà des revendications syndicales."

    Une autre aide-soignante assure que "le seuil a été dépassé. Les arrêts maladies attestent de notre état. Ce n’est pas de la simulation. Si les derniers jours il n’y a pas eu de mort, c’est miraculeux!"

    La direction du CHU que nous avons contactée n’a pas souhaité réagir. Une régulation de la gestion des patients est assurée, ainsi, en raison de la fermeture de l’UHU à Saint-André, ils sont routés vers Pellegrin.

    "Contrairement à ce qu’a prétendu le Premier ministre Edouard Philippe ce mercredi, nous avons toujours pris nos responsabilités, assure l’aide-soignante. Nous n’avons jamais cessé."

     

    Publié le 13/06/2019 à 15h14. Mis à jour à 15h16 par Isabelle Castéra.

     

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  • Au CHU d'Angers 80% des urgentistes sont en grève depuis début mai.
    Au CHU d'Angers 80% des urgentistes sont en grève depuis début mai. 
    SOCIÉTÉ
    Entretien

    Crise des urgences : "L’ambulatoire ampute nos services"

     
    Depuis la mi-mars, de nombreux services d’urgences sont en grève dans toute la France. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a tenté quelques annonces la semaine dernière mais la grogne s’amplifie. Explications avec Benjamin Delrue, délégué syndical Force ouvrière au CHU d’Angers.

    Les urgences de France sont à bout de souffle. Depuis près de trois mois, les services en grève se multiplient. Ce mardi 11 juin, jour du vote de la loi Santé au Sénat, 95 services sur les 650 que compte notre territoire étaient mobilisés. Face à la longévité du mouvement et la montée des tensions, Agnès Buzyn, ministre de la Santé, a annoncé la semaine dernière cinq mesures, dont le lancement d’une "réflexion pour la refondation des urgences", la mise en place d’une "prime de risque" et des financements pour faire face aux "situations exceptionnelles". Des annonces qui n’ont pas satisfait les grévistes. Explications avec Benjamin Delrue, délégué syndical Force ouvrière (FO) au CHU d’Angers, où 80% des urgentistes sont en grève depuis le 2 mai.

     

    Quelle est la situation des urgences à Angers en ce moment ?

    Benjamin Delrue : Nous enregistrons une moyenne de 180 passages par jour et depuis 2016, il nous est arrivé à plusieurs reprises d’avoir des pics à 200 passages quotidiens. Nous ne sommes absolument pas dimensionnés pour accueillir autant de monde. D’une part, d’un point de vue architectural : on n’a tellement pas assez d’espace dans les urgences que nous sommes obligés de mettre des patients dans des couloirs, parfois sans surveillance. Et d’autre part, d’un point de vue humain : il nous faudrait dix personnes supplémentaires. Aujourd’hui, nous tournons à treize personnels la nuit et 14 par demi-journée. C’est très insuffisant. A force de travailler dans ces conditions, il est arrivé que l’on oublie des patients et que leur état s’aggrave. Cette situation n’est plus tenable.

    Quel regard portez-vous sur vos confrères qui posent des arrêts maladie pour faire grève, comme à Lariboisière à Paris et à Lons-le-Saunier ? Les comprenez-vous?

    Aujourd’hui, nous en sommes au point de rupture. Je comprends tout à fait tous les modes d’action mis en place puisque le ministère ne répond pas à nos revendications. Ce ne sont pas les mesurettes annoncées jeudi dernier par Agnès Buzyn qui vont nous faire changer d’avis. Et ça fait des années que ça dure. Le ministère, par son inaction, porte à lui seul les responsabilités des actions du personnel hospitalier. Par ailleurs, la manifestation du 6 juin dernier à Paris a donné une certaine confiance aux urgentistes dans leur mouvement de grève. C’est la preuve que ce n’est pas le fait d’un seul service d’urgence, d’un seul hôpital ou d’une seule région. La souffrance est globale.

    D'après le ministère de la Santé, le nombre de passages aux urgences a doublé en 20 ans, soit de 10 millions en 1996 à près de 21 millions en 2016. Comment l'expliquer ? Les moyens ont-ils augmenté en conséquence?

    Le problème est multifactoriel. Mais on l’explique surtout par les différentes politiques de suppression des hôpitaux de proximité. Combien de maternités ont fermé ces dix dernières années ? Et avec le numerus clausus, combien de médecins manque-t-il aujourd’hui? Il y a aussi les EHPAD qui n’ont pas d’infirmiers la nuit... Dès lors qu’il y a un problème avec une personne âgée, ça se répercute forcément sur nous.

    L’affluence des patients aux urgences est aussi une question financière. Par exemple, à Angers, nous avons une maison médicale de garde, accolée aux urgences, censée réguler l’affluence des patients. Seulement, c’est 75 euros la consultation. Qui peut se le permettre ? Tout cela fait que les urgences sont obstruées. Pour ce qui est des moyens, il est évident que ça n’a pas suivi. A Angers, nos effectifs n’ont pas été revus depuis 2012. Aujourd’hui, la direction nous a informés de la création de deux postes supplémentaires, mais nous en avons besoin d’au moins dix !

    Dans une interview au journal Libération ce mardi 11 juin, la ministre de la Santé a assuré vouloir prendre à bras le corps, dans son projet de loi Ma santé 2022, "l’amélioration de l’accueil en ville, en amont des urgences". Le problème de surcharge des urgences est-il lié à une pénurie de médecins généralistes ?

    La ministre accuse la pénurie de médecins de ville, et après ? Il y a deux semaines, les urgences étaient mal organisées, maintenant la ministre nous dit que c’est un problème de médecine de ville et puis demain, elle nous dira autre chose. Nous attendons des mesures effectives immédiatement. Agnès Buzyn explique certes qu’il faut plus de médecins de ville, mais il faut neuf ans pour les former. Ce n'est pas viable à court terme.

    Les passages non justifiés sont également souvent pointés du doigt pour expliquer cette surcharge aux urgences... Qu'en pensez-vous?

    Oui, c’est une réalité ! Mais lorsque les gens se présentent, il faut bien s’en occuper. Ils viennent car ils ont une douleur, ils estiment que c’est urgent et les urgences doivent prendre leur cas en considération avant de décréter qu’il s’agit d’un passage "non justifié". La question est aujourd’hui de savoir comment on accueille toutes ces personnes qui affluent. Après, on peut avoir des analyses sur qui vient et pourquoi mais dans l’urgence, nous devrions avoir les moyens d’accueillir tout le monde. Effectivement, beaucoup de passages ne nécessiteraient pas une prise en charge aux urgences, mais on ne choisit pas les patients et nous n’avons pas le droit de les refuser comme dans les cliniques privées.

    Agnès Buzyn a récemment souligné le besoin de réorganiser "l'aval"des urgences, c'est-à-dire la répartition des patients dans les lits d'autres services. Cela ne revient-il pas à déplacer le problème de surcharge ?

    C’est excellent qu’elle dise cela. C’est un aveu de faiblesse. Au ministère, que ce soit depuis Agnès Buzyn et avant avec Marisol Touraine, ils n’ont qu’un mot à la bouche : c’est l’ambulatoire (prise en charge médicale de quelques heures seulement, ndlr). Ils veulent réduire les temps d’hospitalisation pour plus de rentabilité. L’ambulatoire ampute sérieusement nos services d’urgences, tant en termes d’effectifs que de moyens. Cela signifie des dizaines de lits et de personnels en moins car c’est un service qui ne fonctionne ni la nuit, ni le week-end.

    Quelles solutions seraient envisageables pour désengorger les urgences ?

    Il faut mettre un frein à l’ambulatoire, qui, rien qu’à Angers a conduit à la suppression de 137 équivalents temps plein. Et comme nous le demandons dans nos revendications depuis le 2 mai, il faut absolument rouvrir des lits. Je crois aussi que les urgences doivent être plus attractives pour les jeunes, qui sont de plus en plus nombreux à partir pour le privé. Rehausser les salaires et titulariser de façon plus régulière aiderait grandement.

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